Zones basses émissions (LEZ) : quel manque d’harmonisation !

Les Low Emissions Zones montrent à quel point un objectif louable peut parfois être poursuivi de la mauvaise manière. Pourtant, ces zones ne cessent de se multiplier en Europe. À quel point les approches varient-elles d’un endroit à l’autre ? Quelle direction prend la Wallonie ? Et qu’en est-il de Rotterdam, qui vient tout juste de supprimer sa LEZ ? Petit aperçu.

Depuis le début de l’année, elles sont au nombre de trois en Belgique : Anvers, la pionnière depuis février 2017, Bruxelles, qui a suivi un an plus tard, et maintenant Gand, dont une partie du centre-ville est également classée LEZ depuis le début 2020. Leur objectif ? Améliorer la qualité de l’air dans ces lieux fort fréquentés. Autre point commun : les interdictions sont imposées en fonction de la norme Euro du véhicule, peu importe son type et sa taille. Enfin, les règles en vigueur dans les LEZ s’appliquent en permanence, contrairement à une alerte au smog, par exemple. Mais ce sont surtout les différences entre les trois systèmes qui sont frappantes. Anvers, Bruxelles et Gand suivent en effet chacune une trajectoire différente.

Quelles sont les différences entre les trois systèmes ?

Ces différences d’approche sont pour le moins déconcertantes. Pour éviter tout malentendu, ne manquez pas de consulter les sites des trois LEZ (voir LES RÈGLES EN BREF). Vous saurez ainsi exactement de ce qui est autorisé ou non. À Bruxelles, par exemple, l’accès à la zone dépend de la classe environnementale du véhicule, mais contrairement à Anvers, il est impossible d’acheter un pass pour certaines catégories (plus polluantes). Gand a également mis en place un système de paiement. Les véhicules Euro 4 y sont donc tolérés à condition de disposer d’un pass d’une semaine (25 euros) ou d’un an (345 euros).
Autre source de confusion : à partir de 2025, seuls les moteurs diesel Euro 6 seront encore les bienvenus à Gand. À Anvers, les Euro 5 seront alors tolérés moyennant paiement. Bruxelles interdira quant à elle les Euro 4 dès 2022, alors qu’Anvers ne le fera qu’en 2025. Quel manque d’uniformité !
Que se passe-t-il si un conducteur accède tout de même à une LEZ malgré cette interdiction ? Les sanctions diffèrent elles aussi. Une première infraction coûtera 150 euros à Anvers. En cas de récidive dans l’année, l’amende sera de 250 euros, puis à 350 euros. À Gand, l’amende sera toujours de 150 euros, tandis qu’à Bruxelles, une amende de 350 euros sera imposée dès la première infraction. Dans la capitale, une deuxième amende ne sera toutefois infligée qu’après un délai de trois mois.

Et la santé dans tout ça ?

Une étude de la très réputée revue médicale The Lancet a démontré que la mise en place de la LEZ de Londres avait amélioré la qualité de l’air, mais pas suffisamment pour avoir un impact sur le nombre d’enfants présentant des symptômes d’asthme. Wouter Arrazola de Oñate, directeur médical de la Vlaamse Vereniging voor Respiratoire Gezondheidszorg en Tuberculosebestrijding (Association flamande pour les soins respiratoires et la lutte contre la tuberculose), le confirme : « J’ai prédit que les LEZ n’auraient que peu d’impact sur notre santé (…). Nous avons besoin de mesures bien plus drastiques si nous voulons protéger nos enfants », explique-t-il (Gazet van Antwerpen, 15/11/2018).
Un avis que partage Tim Nawrot, épidémiologiste à l’université d’Hasselt : « Il n’y a plus d’air pur en Flandre », affirme-t-il (GvA, 31/12/2019). « L’extension des LEZ ne va pas améliorer la qualité de l’air dans le nord du pays. Pour cela, il faudra agir à bien d’autres niveaux. » Il convient toutefois de préciser qu’une amélioration de la qualité de l’air est bel et bien constatée localement, mais qu’il est encore trop tôt pour mesurer l’impact global réel.

La zone ultra basses émissions de Londres a été mise en place le 8 avril 2019.

Les choix de la Région wallonne

La Wallonie s’y met elle aussi, mais à petits pas et à sa sauce. Depuis le début de l’année, un décret permet aux communes de créer des LEZ. Si elles y recourent, les autorités locales ne devraient utiliser cette possibilité que pour certains quartiers, centres et/ou aux abords des écoles. Mais en théorie, il leur est possible de créer des zones plus étendues.
Néanmoins, les décideurs attendront sans doute les résultats d’Eupen et de Namur, deux projets pilotes toujours en cours, avant de passer à l’action. Impossible de dire quand ils seront disponibles, mais nous savons que les deux villes n’en sont encore qu’à la première phase. Différents scénarios sont testés avant de pouvoir évaluer les éventuels effets.
Une autre mesure est en revanche bien plus concrète. Dans exactement trois ans, l’ensemble de la Région wallonne deviendra une LEZ géante. Mais si le territoire est vaste, les restrictions y seront moins sévères qu’ailleurs. À partir du 1er janvier 2023, les voitures Euro 1 ne seront plus les bienvenues sur les routes wallonnes. Il s’agit des véhicules datant d’avant… 1996. Une nouvelle étape sera ensuite franchie chaque année. En d’autres termes, les Euro 2 seront bannis en 2024, les Euro 3 en 2025 et finalement les Euro 6 en 2030. Aucune distinction ne sera faite entre les véhicules diesel et essence, encore un point sur lequel les mesures wallonnes diffèrent des autres LEZ. Mais cette mesure vise uniquement les voitures particulières ; le secteur des transports au sens large n’est donc pas concerné.

L’exception de Rotterdam

On dénombre pour l’heure environ 250 LEZ dans le monde, la plupart en Europe. Et alors que la tendance est à la hausse, Rotterdam nage à contre-courant. Une LEZ y avait été instaurée deux ans avant Anvers, mais en début d’année, la ville a changé son fusil d’épaule. « La zone environnementale apporte tellement peu à Rotterdam que nous pouvons la supprimer, sauf pour les camions, pour lesquels des normes plus strictes sont en vigueur », explique l’échevine de la mobilité Judith Bokhove (GroenLinks) dans une déclaration officielle. « Nous allons opter pour des mesures non répressives, mais plutôt positives et préventives. » Si les voitures particulières et les camionnettes pourront donc désormais circuler sans entrave dans la zone environnementale de Rotterdam, une réglementation spécifique s’appliquera aux camions.
Cette distinction, la ville en a l’habitude. Une zone environnementale s’applique en effet aux camions les plus polluants depuis 2007, et correspond à celle mise en place en 2016. Quoi qu’il en soit, depuis le 1er janvier 2020, la limite est fixée à l’Euro 3 pour les camions. Quiconque malgré tout souhaite accéder à la zone environnementale doit demander une dérogation, dont le prix est fixé à 26 euros pour 24 heures (il est possible de faire une demande pour de plus longues périodes).
Mais Rotterdam abrite également l’un des plus grands ports du monde. Le Maasvlakte, où il se situe, fait l’objet de règles différentes et constitue une zone d’émissions à part entière. Depuis 2014, les véhicules diesel de plus de 3,5 tonnes y sont interdits ; tel est en tout cas le principe de base. Car différentes exceptions viennent assouplir cette mesure. Pour les moteurs Euro 6, par exemple. Le véhicule peut être enregistré gratuitement auprès du port et bénéficier d’une dérogation (les tarifs sont comparables à ceux de la ville).
La décision de supprimer la zone environnementale pour les voitures et de la conserver pour les camions faisait partie d’une série de mesures plus larges. L’administration communale a par exemple passé des accords avec les commerçants du centre-ville qui s’engagent à s’approvisionner uniquement avec des véhicules électriques. Le port est également invité à faire des efforts pour optimiser sa chaîne logistique, ce qui aura des répercussions positives en matière de mobilité et d’environnement.

LEZ et autres

Si la mise en place de zones de basses émissions ne vise peut-être pas spécifiquement le secteur des transports, celui-ci en subit tout de même les conséquences. Tout comme pour la taxe kilométrique à l’époque. Ou encore le fait que de plus en plus de villes imposent des limitations de tonnage pour l’accès aux centres-villes, comme Alost dernièrement. Les LEZ font donc partie de toute une série d’éléments dont le secteur doit tenir compte.

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