Snel Logistic Solutions : « On a beaucoup appris et encore beaucoup à apprendre »

Rencontrer le nouveau Transporteur de l’Année au beau milieu d’une crise comme celle du coronavirus n’est pas banal. Dans un tel contexte, Gert Snel est un homme surprenant : il se dit beaucoup plus calme que lors de la crise financière de 2009.

La rencontre a lieu fin avril, au moment où la plupart des clients de Snel ont repris leurs activités, bien qu’à un rythme parfois ralenti. Par rapport à une semaine normale, Gert Snel estime son chiffre d’affaires du moment à 82 %.

Portefeuille varié

Quelles leçons pouvez-vous déjà tirer des dernières semaines ?
Gert Snel : Trois choses au moins. Premièrement, le télétravail, ça fonctionne, même si le principe a ses limites, notamment dans le temps : à partir de la cinquième semaine, j’ai remarqué une perte de motivation à cause du manque de contacts. Mais cela restera. Deuxièmement, nous n’utilisions pas assez nos systèmes de controlling, alors que nous avons toutes les données nécessaires pour effectuer un calcul de rentabilité après chaque transport. Enfin, nous pouvons encore accélérer l’analyse des données que nous avons, mais cela demande encore un changement mental qui se traduit par des adaptations dans l’IT.
Maintenant, nous avons la chance d’avoir des clients directs qui restent loyaux tant sur le plan des volumes que des prix. Ces dernières années, nous avons bien rééquilibré notre portefeuille clients, et nous sommes moins dépendants du secteur des boissons. C’est d’ailleurs ce que les banques nous demandent.

Etes-vous en état de travailler de manière rentable pour le moment ?
Gert Snel : Oui, notamment parce que notre vitesse commerciale a progressé de 12 % au plus fort du confinement, mais il faut rester très alerte, analyser ses chiffres chaque semaine et bien prévoir les tendances, parce qu’il y a des bonnes et de moins bonnes semaines. Il faut faire des choix aussi : au-delà de 500 kilomètres, la rentabilité est encore plus aléatoire, donc on ne le fait que pour rendre service à un très bon client parce que les frets de retour sont très difficiles à trouver dans de bonnes conditions. Parfois, il vaut mieux vendre le fret à un concullègue…

 Comment les choses se passent-elles avec le personnel ?
Gert Snel : Nous ne pouvons leur donner une perspective que si nous en avons une nous-mêmes, mais nous sommes très ouverts dans notre manière de communiquer sur nos résultats, et 80 % des chauffeurs l’acceptent. Il y en a toujours 20 % qui ne pensent qu’à eux.

C’est une crise différente de celle de 2009 ?
Gert Snel : D’un côté, je dirais que non parce qu’on en est au même point qu’en 2009. D’un autre côté, je suis moins nerveux qu’en 2009… parce qu’on ne peut rien y faire et aussi parce que nous avons de meilleurs outils qu’à l’époque. Nous sommes plus réactifs.

Comment voyez-vous la sortie de crise ?
Gert Snel : Cela repartira comme avant. L’e-commerce va continuer à progresser, on va continuer à fermer des magasins, mais je ne pense pas qu’on vivra autrement… et la pénurie de chauffeurs refera son apparition. Je suis aussi certain que la conscientisation environnementale va se maintenir.

HVO, l’alternative prérérée

C’était justement un des points forts de votre dossier de candidat Transporteur de l’Année…
Gert Snel : Nous avons testé à peu près tout ce qui était disponible sur le marché, et notre avis est donc fondé sur du concret. Pour moi, le HVO est de loin la meilleure solution transitoire actuellement parce que c’est un carburant non fossile, produit à partir de déchets et qui réduit les émissions de CO2 de 89 %. La production de HVO est d’ailleurs en train d’augmenter un peu partout : à Singapour, à Rotterdam ou en France chez Total.

Mais cela reste cher…
Gert Snel : Pour le moment, un litre de HVO coûte 60 centimes de plus qu’un litre de diesel en Belgique. C’est une opportunité manquée.

Et le LNG, que vous avez aussi testé ?
Gert Snel : On gagne de 5 à 7 % en émissions de CO2, mais cela reste un carburant fossile qui appauvrit la nature, et même sur le plan économique, ce sera difficile à défendre à long terme parce que je vois les accises augmenter. Je ne dis pas cela pour ou contre la technologie des moteurs, et nous avons d’ailleurs acheté trois Iveco NP, mais nous allons les faire rouler avec un mélange qui contient 20 % de BioLNG que nous fournit Rolande.

Et à plus longue échéance ?
Gert Snel : L’hydrogène arrivera pour certains types de transports pas trop lourds et sur des trajets pas trop longs, mais cela reste un moyen de stocker de l’énergie. L’énergie primaire devra venir de sources renouvelables. Quant au camion électrique, d’après nos calculs, il n’est pas possible de le rentabiliser parce que notre propre production d’électricité est trop faible pour le moment, et il faut encore générer l’électricité à partir de sources renouvelables. C’est pourquoi nous allons installer davantage de panneaux solaires quand nous agrandirons nos entrepôts à Ham. L’objectif, c’est de produire un maximum d’énergie nous-mêmes.
D’une manière générale, il faut arrêter avec les ‘yaka’. La moins bonne décision, c’est de la reporter. Il est minuit moins cinq si nous voulons encore rester en dessous des deux degrés de réchauffement climatique.

Assurer la continuité

A quoi ressemblera votre entreprise en 2030 ?
Gert Snel : Nous serons plus multimodaux et multi-site. Il faudra aussi oser franchir les frontières pour dépendre moins de la politique menée dans un seul pays. Nous devrons donc être plus grands et encore plus spécialisés. Moins dépendants du transport aussi. Pour rester pertinents dans notre approche du client, puisque nous ne serons pas les moins chers, nous devrons aussi continuer à innover, et proposer davantage de prestations logistiques.
C’est d’ailleurs un des rares points sur lesquels je suis d’accord avec les syndicats : la normalisation par le bas, ça ne marche pas. En Belgique, on a de beaux exemples à suivre. Ce que fait Essers, par exemple, la manière dont l’entreprise a évolué, c’est magnifique. Chapeau !
D’un autre côté, il faut assurer une continuité à son entreprise. On ne peut pas repartir chaque jour d’une feuille blanche. Il faut donc essayer de réduire certains facteurs de risque, être moins dépendant d’un seul secteur ou d’un seul pays.

Interview VIP

1. Quel livre avez-vous lu récemment ?
GS : ‘Feedback is een cadeautje’ de Douglas Stone. Merveilleusement confrontant et parfois un peu inconfortable à lire.
2. Quelle phrase ou quel slogan reflète le mieux votre vision des affaires ?
GS : Turning Goods Into Better, notre slogan, c’est bien trouvé, non ? Il exprime l’ambition, il parle de collaboration avec les clients et il parle d’un but sociétal. Je crois que cela va rester notre slogan. Nous ne sommes jamais satisfaits, on veut rendre tout encore plus efficace, plus durable, meilleur. Pour les clients et pour notre personnel.
3. Pour quel sportif(ve) avez-vous la plus grande admiration ?
GS : Sven Nijs. Il est motivé, axé sur les résultats, il a beaucoup de concentration et de dévouement et, après sa carrière, il a transformé cela en entreprise sur le Balenberg.

Snel en bref

Spécialités : transport de charges complètes, transport grand volume, distribution
Sièges d’exploitation : Deinze (siège principal), Ham, Weert (NL)
Personnel (groupe) : 229, dont 139 chauffeurs (+ 53 chauffeurs intérimaires et 20 tractionnaires)
Flotte : 83 tracteurs, 49 porteurs, 28 remorques et 248 semi-remorques, 13 écocombis
Chiffre d’affaires (2019 – groupe) : 29,6 millions EUR

www.gsnel.eu
Instagram : #WerkenBijSnel

Pour l’instant, c’est le HVO qui a la faveur de Snel Logistic Solutions.

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