Places de marché : indépendance au rabais

Traiter en direct avec un chargeur pour un contrat de transport portant sur plusieurs années sera de plus en plus difficile. Dans cette bataille, les transporteurs font face aux chargeurs qui ne voient que les économies, mais aussi à toutes les plates-formes technologiques qui promettent monts et merveilles aux clients.

Les plates-formes digitales sont de trois ordres : les bourses de fret (qui n’intègrent pas la dimension de négociation du tarif), les plates-formes contractuelles (comme TiContract de Transporeon) et les nouveaux acteurs qui agissent comme expéditeur digital (Uber Freight, Quicargo, Upply, Sennder/Everoad…). Tous ces acteurs ont deux arguments a priori imparables : ils aident les chargeurs à payer moins pour leurs transports et ils contribuent à lutter contre les kilomètres à vide, et donc contre les émissions de CO2. Comme on dit à Bruxelles : tu ne peux pas ‘aller là-contre’.

Le coup de pouce du Covid

Le printemps 2020 va d’ailleurs leur donner un sacré coup de pouce, estime John Manners-Bell (Transport Intelligence) : « Le Covid-19 va servir de catalyseur parce que les chargeurs vont chercher à réaliser encore plus d’économies, ce qui va faire glisser une partie du marché des contrats à longue durée vers l’achat ‘spot’. Les start-ups digitales vont donc capturer une part plus importante de la chaîne de valeur. » A titre d’exemple, la plate-forme Quicargo a connu une croissance de… 240 % au premier trimestre 2020. D’un autre côté, des transporteurs belges nous signalent déjà le retour au bercail de clients partis en avril pour quelques centimes de moins, et aux Etats-Unis, où les plates-formes digitales occupent des positions beaucoup plus fortes qu’en Europe, les petits transporteurs se sont rebellés contre les plates-formes qui ne leur fournissent plus de transports rentables.
L’impact à long terme du Covid pourrait par contre être plus profond : la résilience des chaînes d’approvisionnement a été mise à l’épreuve par le virus et par le confinement brutal des économies, et la flexibilité remontera probablement dans la liste des priorités fixées par les chargeurs, à côté du prix et de la vitesse.
C’est ici que la technologie jouera un rôle majeur, comme l’explique Armin Musija (directeur des initiatives stratégiques chez Transporeon : « Pour gérer la volatilité au sein des différents marchés, il faudra mieux utiliser les data. Je pense que l’intelligence artificielle permettra aux chargeurs d’agir de manière beaucoup plus dynamique qu’aujourd’hui dans les secteurs qui génèrent suffisamment de données. » Il est rejoint sur ce point par les experts d’Alpega, qui estiment que la combinaison entre Big Data et intelligence artificielle permettra aux plates-formes qui disposent de suffisamment de données de prédire les volumes de transport à court terme et donc de mieux évaluer la capacité de transport nécessaire. Mais comment combiner cette forme de dynamisme avec le principe d’un contrat ? Cela reste à inventer au cas par cas.
Autre dilemme à résoudre : pour libérer le potentiel qui réside dans leurs données, les plates-formes digitales doivent atteindre une certaine taille critique, mais d’un autre côté il n’est pas possible de faire entrer tous les types de transport dans un même outil, tant les contraintes varient d’un métier du transport à l’autre. Chaque plate-forme est aussi plus ou moins forte sur certains axes géographiques.
C’est pour cela que des acteurs comme Alpega (trois bourses de fret) ou Webtrans (quatre) regroupent plusieurs plates-formes sans les fusionner. Ils augmentent ainsi la taille de leur communauté et le volume des données à analyser sans renoncer aux atouts particuliers de l’une ou l’autre plate-forme. Par contre, l’idée de créer un agrégateur de plates-formes, un instant envisagée par Fleetboard, a fait long feu.

Et si on interrogeait la semi-remorque ?

En matière de gestion dynamique des capacités de transport, un projet lancé en 2018 par le constructeur de semi-remorque Krone avait fait beaucoup de bruit avec un système qui mesure en temps réel la surface au sol disponible dans la semi-remorque (Krone Smart Scan). Krone envisage de coupler cette information à la localisation du véhicule et de fournir le tout à une place de marché (Krone Smart Capacity Management) : en comparant ces données en temps réel avec les offres de transport proposées en ligne, on pourrait proposer aux transporteurs des offres parfaitement compatibles avec leur planning et leurs itinéraires. Le projet n’est pas abandonné, mais Krone reconnaît que la situation économique difficile à la fin de l’année dernière, encore amplifiée par la crise du Covid-19, n’encourage pas les transporteurs à tester ce genre d’expérience pour le moment.
On en reparlera, mais tout indique néanmoins que malgré l’un ou l’autre échec (Uber pourrait ainsi mettre un terme à son service Uber Freight, non rentable), la part du marché des transports qui passera par des plates-formes digitales est appelée à augmenter fortement.

Les expéditeurs lancent leurs plates-formes

C’est la tendance lourde de ces deux dernières années : des prestataires logistiques mettent sur le marché leur propre plate-forme digitale, capitalisant ainsi sur la digitalisation croissante du marché… et espérant peut-être enrichir leur base de prospection. C’est le cas de Geodis avec Upply, de LKW Walter avec la bourse de fret Loads Today et avec la plate-forme digitale Veroo, ou encore DHL avec Saloodo.

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