Scania a donc présenté, 21 ans après, un successeur à la série 4, devenue R il y a dix ans. La nouvelle double gamme R et S ne surprendra personne, mais elle a de quoi satisfaire chauffeurs et exploitants. “Ils n’ont pas osé”. Le premier Scania du 21e siècle (la série R conservait la structure de cabine de la série 4 lancée en 1995) représente davantage une belle évolution qu’une révolution, sur le plan du style extérieur comme de l’aménagement intérieur. Reste un camion encore plus modulaire, bien fini et que Scania annonce en progrès sur les plans (capitaux) de l’économie, de la sécurité et de la connectivité. Plancher plat Si la base du châssis évolue peu, la structure de cabine est entièrement neuve. Cette cabine marque une évolution profonde chez Scania, avec une forme qui se rapproche du cube (et donc, sous certains angles, d’un certain XF…) afin de maximaliser l’espace intérieur. Deux versions s’offrent aux acheteurs : la R (avec trois marches) et la nouvelle S (avec quatre marches d’accès et un plancher entièrement plat). Scania annonce une augmentation moyenne de la hauteur de pavillon de 10 cm, et même de 16 cm sur la S. Dans un premier temps, Scania a misé sur le segment des grands routiers avec quatre cabines : toit normal (N) et Highline (H), que ce soit sur le R ou sur le S (les versions à toit surbaissé seront lancées plus tard). Exit donc la dénomination Topline. Dans les chiffres, cela donne une hauteur libre en milieu de cabine qui varie entre 1675 et 2070 mm selon que l’on opte pour la cabine à toit normal CR20N ou pour la CS20H. A terme, la gamme proposera 24 versions de cabine différentes.
Le poste de conduite se distingue sur plusieurs points. Tout d’abord, le chauffeur est installé plus à gauche (20 mm) et plus en avant (65 mm) que par le passé. Cela permet une plus grande latitude dans le réglage des sièges et donne une meilleure visibilité vers l’extérieur, un point qui est encore accentué par le fait que le tableau de bord est moins massif en hauteur. Les espaces de rangement sont en progrès (en particulier les deux grands coffres extérieurs, accessibles de l’intérieur), mais les couchettes ne profitent pas nécessairement des nouvelles dimensions de la cabine. La couchette inférieure de base est asymétrique et mesure 60 cm de large derrière les sièges et 80 cm environ entre ceux-ci. Sur la cabine S, une couchette extensible à respectivement 80 et 100 cm est cependant disponible. A première vue, la finition est de qualité et l’insonorisation de la cabine paraît excellente. Mais l’évolution la plus spectaculaire est probablement la suspension de la cabine, beaucoup moins rigide que par le passé. Le nouveau Scania dispose aussi d’un dispositif de sécurité unique sur un poids lourd : un airbag spécialement étudié pour protéger les passagers en cas de basculement de la cabine. Cet airbag latéral en rideau se déploie à partir du montant supérieur des deux vitres latérales. Il se combine aux ceintures de sécurité à prétensionneur et à l’airbag du volant pour minimiser les conséquences des accidents provoquant un basculement de cabine (notamment lorsque le chauffeur veut éviter un véhicule en dernière urgence). Terminons ce chapitre par la résistance à l’air, que Scania annonce réduite de 2 % grâce à de multiples petites améliorations de détail (la cabine précédente datait sur ce plan, notamment au niveau des passages de roues). Ligne cinématique La présentation de la nouvelle gamme lourde s’accompagne de quelques évolutions qui touchent la chaîne cinématique, avec pour objectif de contribuer à une réduction de la consommation de 3 % supplémentaires. Le moteur 13 litres reste fidèle au turbo à géométrie fixe, et il s’enrichit d’une nouvelle version de 500 ch qui remplace l’actuel 490 ch (le 370 ch sera commercialisé ultérieurement). Mais il abandonne surtout la combinaison SCR et EGR pour répondre à la norme Euro 6. C’était déjà le cas sur les actuels 410 et 450 ch. Le V8 de 16 litres reste quant à lui d’actualité, avec trois niveaux de puissance (520, 580 et 730 ch). De quoi rassurer les puristes et les aficionados de la marque suédoise, où un moteur V8 a un véritable statut d’icône. Pour le reste, tous les moteurs Euro 6 bénéficient d’un nouveau système de gestion moteur et d’une capacité de refroidissement améliorée. Pas de trace de nouveaux moteurs à gaz par contre : Scania reste ici bloqué à 340 ch, et cela devrait durer jusqu’en 2018. La boîte Opticruise bénéficie d’une réelle innovation sous la forme d’un frein d’arbre intégré qui remplace le synchroniseur classique pour permettre un passage de rapports plus rapide (0,4 seconde sur la populaire GRS905). Signalons encore que Scania ajoute un nouveau rapport de pont extra-court de 2,35 pour optimaliser encore la consommation sur les longs trajets autoroutiers. L’expérience de conduite offerte par les nouveaux Scania devrait évoluer fortement par rapports aux gammes R actuelles. D’une part, la cabine a reçu une toute nouvelle suspension, mais le centre de gravité a aussi été abaissé et l’essieu avant avancé de 50 mm. Cela contribue notamment à réduire les distances de freinage de 5 % selon Scania. Un look bien (trop ?) sage Au bout du compte, on sort de la présentation de ce nouveau Scania avec un petit goût de trop peu. Sous réserve des premiers tests de consommation (Scania promet une économie de 5 % par rapport à l’actuelle version Streamline), l’évolution est perceptible sur de nombreux points, mais il n’y a aucune révolution dans l’air, même en matière de connectivité où le groupe Volkswagen Truck & Bus annonçait pourtant monts et merveilles par l’intermédiaire de son patron Andreas Renschler. 


