Dark Stores : Entre coursiers éclairs et shoppers professionnels

Le ‘dark store’ pourrait bien devenir le buzzword logistique de l’année. Même s’il est clair que tous les opérateurs ne désignent pas la même chose lorsqu’ils utilisent le terme.

Parfois, une évolution dans le monde du commerce de détail et de la logistique se déroule sous nos yeux, au coin de la rue. Ainsi, votre serviteur a remarqué un va-et-vient inhabituel de coursiers à vélo dans son quartier au niveau d’un immeuble d’angle qui servait jusqu’il y a peu de bureaux. Maintenant, les fenêtres de l’immeuble ont été obscurcies et les coursiers à vélo vont et viennent avec leurs gros sacs de livraison sur le dos. Une cuisine de restauration rapide clandestine ? Non, il se trouve que mon quartier a été l’un des premiers en Belgique où s’est installé le service de livraison Gorillas. Ce coursier éclair livre de petites quantités de biens à domicile dans un délai (très) court et est très apprécié des usagers urbains qui n’ont aucune envie de marcher jusqu’au magasin (de nuit). Le bâtiment d’angle obscurci sert d’entrepôt d’où partent les commandes des clients. Bref, un ‘dark store’.

Pour ou contre ?

Le modèle compte ses partisans et ses adversaires. Dans une précédente édition de Link2Logistics Management, l’expert en logistique Alex Van Breedam s’était déjà opposé à cette nouvelle tendance. « Ces dark stores peuvent être en mesure de combler partiellement les emplacements vides dans les rues commerçantes, mais une rue commerçante avec de nombreux dark stores ne rendra pas le shopping attrayant », estime-t-il.

Les coursiers de Gorillas ont un statut de salarié, ce qui devrait conférer au service de livraison une image un peu plus sympathique que les autres livreurs éclairs dont les coursiers sont officiellement indépendants. Il convient de noter que Gorillas travaille souvent avec des contrats temporaires.

Néanmoins, nombre d’acteurs majeurs de la distribution sont convaincus des perspectives d’avenir offertes par le concept. En effet, derrière cet ancrage urbain au maillage fin se cachent des partisans qui ont des moyens. Par exemple, la chaîne de supermarchés néerlandaise Jumbo a marqué encore davantage son intérêt pour Gorillas au printemps 2022. Une génération de consommateurs hyperconnectés apparaît et qui a déjà l’habitude de se faire livrer des marchandises à domicile. Le fait que ce consommateur ait peu de patience – les marchandises de Gorila sont livrées quasi ‘on the spot’ – constitue un défi pour faire de ce concept un modèle rentable à long terme.

Cela dit, le terme ‘dark store’ existe depuis un certain temps déjà dans le monde de la logistique. À la fois en termes de sens et de portée, cependant, il s’agit d’autre chose que le modernisme flashy et controversé de Gorillas et consorts. Même si le processus n’en est pas moins intéressant.

Shopping dans le magasin

Pendant les années Covid, les Belges ont commencé à acheter massivement sur internet. La chaîne de grands magasins Delhaize et l’opérateur logistique Distrilog exploitent depuis plusieurs années leur propre dark store à Puurs pour répondre à ces clients.

Cette installation ressemble étrangement à un grand magasin classique, avec les produits regroupés dans des rayons spécifiques. Entre les rayons, les collaborateurs préparent les commandes des clients d’une manière qui, à première vue, ne diffère pas beaucoup des emplettes classiques dans un supermarché. « Dans la phase initiale de nos activités de commerce électronique, la composition des commandes se faisait encore ‘live’ dans le magasin », explique le porte-parole Roel Dekelver. « Lorsque de plus en plus de clients ont commencé à faire des achats en ligne, nous avons décidé de regrouper ces activités sur un seul site, ce qui permet des économies d’échelle et des gains d’efficacité. » Les clients qui achètent à domicile ont accès à une gamme d’environ 15.000 produits.

Distrilog est responsable de l’exploitation du dark store. « Vous pouvez prendre le terme ‘dark store’ au pied de la lettre : le centre de distribution est organisé comme un vrai magasin, mais il fait plus sombre que dans un vrai supermarché », explique le CEO Roel Vanmaele. « La différence entre un dark store et un centre de distribution traditionnel (DC) tient au fait que ce dark store est aussi approvisionné depuis un centre de distribution. Avec Delhaize, nous avons construit la capacité petit à petit. Au début, le dark store n’était qu’un coin dans un entrepôt. Maintenant, le dark store occupe 14.000 m2. »

Une approche différente 

« Travailler dans un dark store nécessite une approche différente de la part des employés », affirme Vanmaele. « Cela ressemble à du shopping, mais avec des outils high-tech et un caddie électronique. Les collaborateurs utilisent le voice picking et la technologie ‘pick to light’. Ils font les courses pour parfois une vingtaine de clients en même temps. L’occupation de l’entrepôt, environ 300 personnes pour 245 équivalents temps plein, est fluctuante. En effet, en fin de semaine, il y a plus de préparation de commandes qu’à d’autres moments.

Pendant ce temps, la technologie ne s’arrête pas. Peut-être qu’avec le temps, les ‘acheteurs à temps plein’ disparaîtront du dark store au profit de solutions robotisées. Des solutions technologiques telles que l’Autostore sont actuellement à l’étude aux Pays-Bas. De tels systèmes sont abordables à partir d’une certaine échelle. »

Not in my backyard

Aux Pays-Bas, les autorités locales de Rotterdam et d’Amsterdam, entre autres, ont développé une stratégie pour lutter contre la prolifération redoutée des dark stores grâce à la politique de licences. Les riverains s’opposent souvent à l’opacification des vitrines. Dans les zones résidentielles, il faut y ajouter la nuisance des livraisons fréquentes aux dark stores par poids lourds. La politique de licence doit empêcher qu’un excès de dark stores n’apparaissent dans des endroits qui ne leur conviennent pas.

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