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Rechapage des pneus : les grandes marques passent à la vitesse supérieure

Offrir une deuxième (ou même une troisième) vie à un pneu de poids lourd grâce à un nouveau profil … le rechapage a le vent en poupe. Cette technique réduit le Total Cost of Ownership tout en aidant les entreprises de transport à alléger leur empreinte carbone. Les grands manufacturiers y voient aussi un moyen de concurrencer les pneus bon marché, et misent principalement sur le rechapage à chaud.

Chez tous les grands noms du secteur, le rechapage gagne du terrain. « Le rechapage est un pilier de notre stratégie Total Mobility », explique-t-on chez Goodyear. « Il permet aux flottes de prolonger la durée de vie des pneus, de réduire les déchets et de baisser les coûts opérationnels. » Chez Continental, le rechapage s’inscrit pleinement dans la stratégie ContiLifeCycle. « Nous réutilisons jusqu’à 70 % du pneu d’origine », précise la marque. Hankook partage cette vision et investit pour répondre à la demande croissante. « Mais il faut encore convaincre le client des atouts du rechapage. C’est pourquoi nous soutenons activement le projet néerlandais ‘duurzamebanden.nl’. »

Le TCO compte, pas le prix

Les pneus bon marché sont encore souvent perçus comme une alternative aux pneus rechapés, mais selon les marques premium, cette vision devrait progressivement évoluer. « Les gestionnaires de flotte reconnaissent de plus en plus souvent que les pneus premium, combinés au rechapage et au recreusage, offrent un meilleur Total Cost of Ownership », affirme Goodyear. Continental souligne que les pneus bon marché ne riment ni avec qualité ni avec durabilité. « Des pneus rechapés de marque premium, comme les nôtres, affichent de meilleures performances. » Hankook enfonce le clou : « Se focaliser uniquement sur le prix, c’est ignorer le TCO. Aujourd’hui, les pneus rechapés rivalisent véritablement avec les pneus bon marché comme avec les pneus haut de gamme. »

Uniquement du rechapage à chaud

En Belgique, les grandes marques optent essentiellement pour le rechapage à chaud (ou ‘moldcure’), où le nouveau profil est vulcanisé sur la carcasse sous pression et haute température. Hankook réalise ce processus dans son usine Reifen Müller à Hammelburg (Allemagne), Michelin possède sa propre usine à Clermont-Ferrand, Goodyear utilise pour cela ses propres installations à Wittlich (Allemagne) et à Riom (France), tandis que Continental produit à Hanovre (Allemagne) et à Ivybridge (Royaume-Uni).
Quel est le coût et la durée de vie de ces pneus renouvelés ? Chez Michelin, on avance un coût de 60 % du prix d’un pneu neuf. Chez Hankook, comptez entre 75 et 80 %, pour une longévité qui peut approcher 100 % du pneu d’origine. Continental annonce un avantage tarifaire de 25 % avec une durée de vie similaire. Goodyear parle d’une économie globale de 10 %, et indique que le rechapage pourrait même offrir une durée de vie jusqu’à 150 % plus longue. L’impact des coûts (limités) liés au recreusage n’est pas inclus dans ce calcul.

Carcasses

La gestion des carcasses varie selon les marques. Chez Goodyear, le client peut récupérer ses propres carcasses ou opter pour des exemplaires équivalents issus du stock. L’application eCasing rend le processus transparent et traçable. Continental propose un système similaire de ‘casing pool’ : le client ne récupère pas forcément sa propre carcasse, mais bénéficie d’un exemplaire similaire avec la même garantie de qualité. Hankook, de son côté, ne restitue pas les carcasses. Le recreusage reste possible chez toutes les marques, à condition que la carcasse soit en bon état. Cette opération permet de gagner des kilomètres à moindre coût.

Jusqu’à trois rechapages

Peut-on rechaper un pneu plus d’une fois ? Oui, certains modèles peuvent être rechapés deux voire trois fois, en fonction de leur usage et de l’état de la carcasse. « Dans des conditions de travail exigeantes, comme le transport sur chantier dans le cadre de grands projets, un seul rechapage est parfois le maximum », précise-t-on chez Continental.
Avec le programme Remix 2, Michelin prolonge la durée de vie d’un pneu poids lourd de 375 %. Le Michelin Remix 2 inclut deux rechapages à chaud et trois recreusages. Ces pneus sont fabriqués à partir des mêmes moules et mélanges de gomme que les modèles d’origine, pour un prix moyen de 60 % d’un pneu neuf. Selon Michelin, 9 pneus sur 10 connaissent ainsi plusieurs vies, avec à la clé une économie de 33 % par kilomètre. Disponible pour la gamme X Multi, le Remix 2 suit un cycle complet : pneu neuf, recreusage, rechapage à chaud (Remix), recreusage, deuxième rechapage Remix, recreusage final.
La solution Remix 2 s’inscrit aussi dans une logique de durabilité : chaque rechapage économise 50 kg de matières premières, avec seulement 20 kg de gomme neuve – soit un gain de 70 % par rapport à un pneu neuf. Par pneu, c’est jusqu’à 115 kg de CO₂ qui ne sont pas émis. Le rechapage de six pneus sur une semi-remorque à trois essieux permet d’éviter quelque 300 kg de déchets. Selon Michelin, Remix génère en outre quatre fois plus d’emplois en Europe que l’importation de pneus neufs.
Le constructeur français a commencé le rechapage dès 1923 et cumule plus d’un siècle d’expertise. Mais à Clermont-Ferrand, on reconnaît que certains transporteurs restent frileux. La crainte de l’éclatement subsiste. Or, une étude du TÜV Süd indique qu’un pneu bien recreusé n’entraîne pas de risque accru. D’ailleurs, les avions recourent eux aussi au rechapage. (Erik Roosens)

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