L’automatisation dans la logistique est aujourd’hui au centre des débats. Elle accroît l’efficacité et répond à la pénurie de main-d’œuvre. Mais par où commencer ? Quels investissements faut-il prévoir ? Et quel retour sur investissement peut-on espérer ? Frank Slangen (GXO Logistics), Hannes Dekeyzer (Fraxinus) et Jelle Celis (Jungheinrich) répondent à ces questions et à bien d’autres.
Stefan Kerkhofs
Logistics Management : Pourquoi de plus en plus d’entreprises se tournent-elles vers l’automatisation ?
Frank Slangen (GXO Logistics) : « Automatiser est aujourd’hui indispensable pour rester compétitif. Cela améliore non seulement l’efficacité des coûts, mais accroît aussi la sécurité au travail et réduit les émissions de CO₂. Nos clients posent des exigences toujours plus élevées : l’automatisation est désormais une nécessité. »
Hannes Dekeyzer (Fraxinus) : « Pour beaucoup d’entreprises, c’est aussi une réponse structurelle à la pénurie de main-d’œuvre. Il est devenu impossible de trouver les bons profils pour les tâches logistiques. Automatiser, c’est garantir la croissance sans dépendre de personnel supplémentaire. »
LM : Outre la pénurie sur le marché du travail, les entreprises misent aussi sur la durabilité et la vitesse. L’automatisation constitue-t-elle une solution à ce niveau ?
Jelle Celis (Jungheinrich) : « Oui, si on l’aborde correctement. Quelles sont les priorités du client ? Est-il prêt à repenser son processus, pas seulement à l’automatiser, mais aussi à l’aligner sur ses objectifs ? »
F. Slangen : « Une chose est sûre : sans automatisation, ces défis resteront insolubles. Mais elle ne résout pas tous les problèmes pour autant. »
Rapidement rentabilisé
LM : Automatiser, est-ce forcément complexe et coûteux ?
J. Celis : « Pas du tout. Cela peut aller d’un simple AMR, un robot mobile autonome, à un entrepôt entièrement automatisé avec picking, convoyeurs et ascenseurs en passant par un AGV, un véhicule à guidage automatique. Nous proposons aussi des AGV standards qui déplacent des palettes d’un point A à un point B, sans complexité ni coût excessif. Tout dépend du contexte, de l’objectif et du budget. Ce qui est important, c’est de pouvoir compter sur une solution évolutive et pérenne. »
F. Slangen : « Les petits projets s’amortissent vite, en un à deux ans. Pour les systèmes plus importants, il faut toutefois envisager des délais de retour sur investissement plus longs, de l’ordre de cinq, six ou même sept ans. »
J. Celis : « Le nombre d’équipes joue aussi un rôle : un seul shift de 8 heures par jour demande un amortissement plus long qu’une activité en trois shifts, 24/7. »
LM : Et s’agit-il de solutions sur mesure ou non ?
H. Dekeyzer : « Absolument. Chez Fraxinus, c’est presque toujours du sur-mesure. Chaque entrepôt, chaque flux de production est unique. Notre valeur ajoutée, c’est de combiner notre expertise d’ingénierie avec les besoins spécifiques et objectifs du client, de la conception à la mise en service. »
F. Slangen : « Les différents composants de l’automatisation peuvent certes être standards, mais le sur-mesure réside dans la manière de les intégrer pour en faire un ensemble opérationnel. C’est cette intégration qui détermine l’efficacité et le ROI. »
J. Celis : « Les clients commencent généralement par cibler des processus bien délimités. Pour cela, ils recherchent une solution plus ou moins ‘mainstream’, de préférence évolutive et flexible. Mais plus on pousse l’automatisation, plus la solution doit être spécifique aux besoins du client. C’est alors que le sur-mesure s’impose. Le logiciel est bien entendu déterminant : le matériel ne vaut que par la qualité du logiciel qui le pilote. Côté fabricant comme côté client, il faut disposer d’un outil logiciel efficace. Dans un projet d’automatisation, tous ces aspects doivent être définis et discutés en amont. »
LM : L’automatisation détruit-elle des emplois ?
F. Slangen : « Non, aucun emploi ne disparaît, mais les profils évoluent et les tâches se transforment. »
J. Celis : « C’est aussi une question de formation. Notre secteur devra accompagner et requalifier ses collaborateurs. Car, en plus des machines, il faudra toujours des hommes capables de les comprendre et de les entretenir. Sans supervision ni expertise humaine, cela ne fonctionne pas. »
H. Dekeyzer : « Nos systèmes sont pensés pour être intuitifs, avec visualisations et rendus 3D clairs. Les opérateurs peuvent ainsi diagnostiquer et résoudre eux-mêmes les pannes. Nous rendons ainsi leur utilisation plus accessible. »
Moins d’accidents
LM : Quels sont les avantages en matière de sécurité ?
J. Celis : « Nos AMR et AGV circulent parmi les chariots élévateurs et les collaborateurs. Ils sont équipés de nombreux capteurs pour évoluer en sécurité dans des environnements hybrides. Ceci accroît la sécurité.
H. Dekeyzer : « Les installations automatisées fonctionnent souvent en zones fermées : les risques d’incidents sont ainsi nettement réduits. »
F. Slangen : « L’avantage ergonomique ne peut pas non plus être sous-estimé : moins de port de charges, moins de déplacements. Ce sont les marchandises qui viennent aux opérateurs, pas l’inverse. »
LM : L’automatisation augmente-t-elle la durabilité des processus logistiques ?
F. Slangen : « La durabilité est effectivement un moteur essentiel de l’automatisation. En robotisant les processus d’emballage, nous gagnons de la place grâce à des conditionnements plus compacts, ce qui permet aussi de transporter davantage de cartons par camion. Un stockage plus dense réduit en outre les besoins énergétiques de l’entrepôt. »
J. Celis : « Pour nos engins électriques, nous misons sur la technologie lithium-ion, combinée au stockage batterie et à des chargeurs intelligents. Nous pouvons ainsi lisser la consommation et optimiser l’énergie. »
H. Dekeyzer : « Automatiser, c’est aussi réduire les erreurs. Moins d’erreurs, c’est moins de gaspillage. Et le gaspillage coûte toujours cher, en argent comme en énergie. »
« Grâce à l’automatisation, les entreprises peuvent continuer à croître sans dépendre de plus de personnel. » (Hannes Dekeyzer, Fraxinus)
Jumeaux numériques
LM : Quelles tendances constatez-vous encore en matière d’automatisation ?
F. Slangen : « La percée des jumeaux numériques est frappante : une copie numérique parallèle du système ERP ou de Warehouse Management, capable en quelques millisecondes de calculer la route la plus efficace pour un préparateur de commandes ou d’indiquer quelle machine est libre. »
H. Dekeyzer : « On observe aussi de plus en plus de combinaisons entre installations fixes et systèmes mobiles, comme des AGV, surtout là où l’espace est restreint. La flexibilité y est cruciale. »
LM : Quel message voudriez-vous faire passer pour les entreprises qui hésitent encore ?
F. Slangen : « Si vous voulez rester compétitifs, vous devez automatiser. On ne peut plus y échapper. »
J. Celis : « Pas de crainte ! Commencez petit, laissez-vous conseiller. L’automatisation peut ne concerner qu’une petite partie de votre logistique interne, avec un ROI très court et peu d’impact sur l’infrastructure ou le personnel. »
H. Dekeyzer : « L’automatisation soutient la croissance de l’entreprise. Le retour sur investissement doit parfois être envisagé de manière plus large : il ne s’agit pas seulement de remplacer des tâches aujourd’hui assurées par une personne, mais aussi d’augmenter la production. Il faut l’évaluer sous différents angles. »
Les intervenants
- Frank Slangen est senior director Customer Solutions chez GXO Logistics, une important acteur 3PL international axé sur des solutions sur mesure, l’innovation, l’IA et la durabilité.
- Hannes Dekeyzer est sales manager chez Fraxinus, un constructeur belge basé à Roulers, spécialiste des machines sur mesure pour la logistique interne et la production. Fraxinus assure la conception et la fabrication en interne.
- Jelle Celis est directeur Logistics Systems chez Jungheinrich depuis 2008. Présente dans 40 pays avec 18.000 collaborateurs, l’entreprise est active depuis 60 ans dans le secteur intralogistique. L’offre s’étend des chariots élévateurs classiques aux systèmes logistiques entièrement automatisés, conçus pour interconnecter machines et processus.
Photo 1 – Jelle Celis (Jungheinrich) : « Notre secteur devra accompagner et former ses collaborateurs. Car outre les machines, il faut des hommes qui les comprennent et les entretiennent. »
Photo 2 – Hannes Dekeyzer (Fraxinus) : « Nos systèmes sont conçus pour être aussi intuitifs que possible, avec des visualisations et rendus 3D clairs, afin que les opérateurs comprennent et résolvent eux-mêmes les pannes. »
Photo 3 – Frank Slangen (GXO Logistics) : « Les petits projets d’automatisation s’amortissent assez vite, en un à deux ans. »



