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Djordan Gérard : « Mon camion, c’est ma maison »

À 22 ans, Djordan Gérard roule déjà depuis près de trois ans pour les Transports Fernand Michel à La Louvière. Ce jeune chauffeur au sourire communicatif incarne une nouvelle génération de routiers passionnés pour qui le transport n’est pas qu’un métier, mais une véritable vocation héritée de famille.

« J’ai commencé à marcher un jour où mon père est revenu avec son camion à la maison, raconte Djordan Gérard avec émotion. J’ai fait mes premiers pas vers le camion, vers mon père. » Une anecdote qui en dit long sur l’attraction qu’exercent ces mastodontes de la route sur certaines familles. Chez les Gérard, le transport routier, c’est une affaire de générations : son père roule depuis vingt ans chez Michel. Ses deux grands-pères étaient également chauffeurs.

Pourtant, Djordan n’a pas immédiatement suivi cette voie. Après un apprentissage en couverture de 15 à 18 ans, il travaille un an et demi dans le bâtiment. « Mais j’avais grandi avec la fibre du poids lourd, explique-t-il. Pendant mes congés scolaires, je passais mon temps avec mon père en camion. C’est comme ça que j’ai profité de lui. D’autant qu’on allait jusqu’en Angleterre. J’adorais ça ! »

À presque 20 ans, après avoir passé son permis poids lourd sur ses propres deniers, Djordan prend le volant. Une première expérience décevante dans une entreprise agricole du côté de Tournai le pousse vers l’entreprise où évolue son paternel. « Mon père m’a dit : viens chez Michel. Tu pourras t’épanouir. On n’y est pas traités comme des numéros. »

Un ‘sapin de Noël’

Plus de deux ans plus tard, Djordan ne regrette rien. Installé au volant de son MAN TGX, qu’il a personnalisé avec passion pour le transformer en véritable cocon, il rayonne : « J’ai déjà mis de ma poche plus de 3.000 EUR dedans, confie-t-il. Rideaux haut de gamme, frange, pare-perroquet, housses de siège personnalisées, tapis, éclairage LED, tour de la cabine en lumière… C’est un vrai sapin de Noël ! Il y a des gens qui ne nous comprennent pas. Ils disent qu’on est fou. C’est parce qu’ils ne sont pas dans le truc. »
Cette attention accordée à la personnalisation et aux détails reflète sa motivation : « Le matin, je me lève toujours content de partir travailler. Je me réveille même une demi-heure plus tôt pour passer un coup de soufflette dans la cabine. » Car son camion, c’est sa maison. Un univers où les chaussures sont proscrites. Seule exception à cette règle drastique : son grand-père, le jour de son anniversaire. « Après, j’ai astiqué pendant une demi-heure », avoue-t-il en riant.

Paris aller-retour, tous les jours

Après avoir sillonné la France, la Hollande et le Luxembourg, Djordan a demandé à se spécialiser sur une liaison qu’il affectionne particulièrement : le transport de pièces automobiles entre le Hainaut et la région parisienne. « Cela fait un mois que je fais ça, que je ne découche plus, explique-t-il. C’est un client que je connaissais déjà. Le personnel est gentil avec moi, je suis gentil avec eux. »

Cette routine de 700 kilomètres par jour lui convient parfaitement. « On a des lois à respecter, mais si je pouvais faire 20 heures par jour, je les ferais. Je sais que tous mes confrères ne partagent pas cette approche et sont à cheval sur les horaires. Mais c’est sans doute mon amour du métier qui parle…»
Au volant, Djordan apprécie par-dessus tout l’autonomie qu’offre ce statut de chauffeur : « Le fait d’être un peu solitaire, qu’on n’ait pas sans arrêt le chef derrière, j’adore ça. Et puis, on croise de beaux camions, on se fait des appels de phare, on retrouve des copains pendant les pauses et on peut faire de chouettes rencontres sur la route. »
Le plus compliqué ? Les embouteillages. Trois ou quatre heures pour passer Paris, cela impacte forcément le quota d’heures de conduite et peut ouvrir la porte aux infractions. Mais depuis qu’il a changé de tournée, Djordan n’est plus confronté aux congestions majeures.

Et sa compagne, quel regard jette-t-elle sur ce métier ? « Même quand je découchais toute la semaine, elle le vivait très bien. J’ai grandi avec cet esprit-là dans ma famille. Ma mère ne voyait pas beaucoup mon père. Pour moi, il n’y a rien de plus normal. J’ai besoin de cette forme d’indépendance »

Des rêves d’entrepreneur

À 22 ans, Djordan voit déjà plus loin. Son ambition ? Se mettre un jour à son compte. « Je suis très bien où je suis mais je ne vous cache pas que j’aimerais un jour pouvoir acheter mon propre camion. Commencer seul pour voir si ça marche. Et pourquoi pas me développer petit à petit… » En attendant, il continue à se former chez EDW Formation.
Il rêve d’une entreprise à taille humaine : « Peut-être aller progressivement jusqu’à 10 véhicules, ne plus rouler, gérer l’entreprise correctement et avoir mon camion attitré que je sors occasionnellement. Même s’il ne roule qu’un jour par semaine, j’aurai la satisfaction d’avoir mon propre camion. »

« Foncez ! »

Souvent en contact avec des jeunes qui se disent tentés par la route, Djordan veut leur faire passer un message : « Il faut foncer, ne pas hésiter ! Quand je leur dis que mon permis m’est revenu à 5.500 EUR, ça en effraie certains. Mais quand tu découches toutes tes semaines, que tu alignes 230 heures sur ton mois et que tu passes 13-14 nuits dans ta cabine, tu gagnes très bien ta vie et ton permis est très vite rentabilisé, même s’il faut continuer à se former. Donc ceux qui veulent vraiment le faire doivent se lancer. Évidemment, il faut être prêt à travailler. Les loisirs, c’est une chose. Mais je pense que si on ne travaille pas, on n’arrive à rien dans la vie. »

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