La patience est la mère de toutes les vertus, dit le proverbe. À Anvers et dans ses environs, elle est plus que jamais de mise. L’introduction des créneaux horaires devait remédier à cette situation. Hélas, les sociétés spécialisées dans le transport de conteneurs, comme Duchi, subissent encore chaque jour la dure réalité des attentes interminables.
Comme pour de nombreux transporteurs de la région de Courtrai, c’est le commerce du lin qui est à l’origine de Transport Duchi. L’entreprise a été fondée en 1961 à Deerlijk par le père des actuels dirigeants, Marnix et Patrick Duchi. Le commerce de lin et le transport associé ont ensuite été abandonnés au profit du transport national. Après un bref intermède, à ses débuts, dans le transport de produits agricoles, l’entreprise a pleinement misé sur l’essor des conteneurs maritimes.
Créneaux horaires
L’introduction des créneaux horaires devait permettre une meilleure répartition du trafic portuaire. Objectif atteint ?
Patrick Duchi : L’idée était louable, mais le système n’est pas étanche et nous devons encore trop souvent patienter des heures dans les files. Le planning doit réserver un créneau dans lequel vous devez vous présenter, avec une certaine marge, qui peut varier de une à trois heures selon le quai. C’est en fonction de ce créneau que nous organisons notre planning. Malheureusement, il arrive fréquemment que le créneau soit annulé ou modifié à la dernière minute, ce qui met à mal toute la planification. Les causes sont diverses : terminaux saturés, retard d’accostage ou de déchargement d’un navire… Résultat : des temps d’attente qui explosent. C’est désagréable pour nous, mais aussi pour nos clients et même pour les terminaux à conteneurs eux-mêmes.
Qui dit Anvers dit embouteillages. Comment gérez-vous cela ?
P. Duchi : En temps normal et pour rester rentable, il faut pouvoir effectuer deux trajets vers Anvers par jour depuis notre région. Quand tout se passe bien, c’est possible, en tenant compte des créneaux horaires et grâce à notre flotte : nous avons deux fois plus de châssis-conteneurs que de tracteurs, ce qui nous permet souvent de ne faire qu’un simple décrochage de la semi chez le client.
En réalité, Anvers est devenu un vaste bouchon. La surtaxe de répartition devait offrir une solution. Concrètement, vous payez environ 20 euros pour se présenter aux terminaux entre 6 h et 21 h. Avant et après, c’est gratuit. On peut donc économiser en s’y présentant en dehors des heures de pointe, mais pour le chauffeur cela signifie rouler la nuit. Certes, cela présente des avantages, financiers mais aussi en termes de fluidité du trafic. Le revers de la médaille est que tout le monde n’est pas capable de supporter ce rythme de travail.
Qui sont vos donneurs d’ordre ?
Marnix Duchi : La moitié de nos trafics provient de transitaires, l’autre moitié de clients directs, avec lesquels nous collaborons souvent depuis des décennies. Certains sont encore actifs dans le textile, un secteur qui reste bien implanté malgré les nombreuses restructurations de ces dernières années. En plus du matériel pour les conteneurs, nous disposons aussi de trois semi-remorques bâchées.
Le transport de conteneurs est directement lié à la conjoncture économique mondiale. Est-ce une difficulté pour vous ?
M. Duchi : L’annonce des droits de douane par le président américain a provoqué une onde de choc. Il n’y avait pas assez de capacité de transport pour expédier le plus grand nombre possible de conteneurs. En plus d’un demi-siècle d’existence, nous avions rarement connu cela. Mais depuis la mi-août, on observe un net recul. On sent bien que l’économie s’essouffle et que le commerce international est sous pression. Ca se traduit aussi par de nombreuses faillites, y compris dans le transport.
Prudence !
C’est là que notre prudence joue en notre faveur. Nous avons souvent vu des entreprises surgir de nulle part, croître à toute vitesse et pratiquer des tarifs totalement irréalistes… avant de s’effondrer au premier ralentissement de l’économie faute de réserves. C’est sans doute encore ancré dans notre mentalité, mais nous n’investissons que sur fonds propres et avec une réserve financière saine en guise de sécurité.
Ainsi, si un camion doit rester à l’arrêt, nous avons de quoi tenir. Nous roulons encore nous-mêmes chaque jour, aux côtés de cinq chauffeurs fixes et trois sous-traitants. L’épouse et le fils de Marnix, Hilde et Maxim, assurent la planification et l’administration. En restant derrière le volant, nous savons exactement comment les choses se passent et nous maintenons un lien étroit avec nos donneurs d’ordres.
Le fait d’investir dans un nouveau site montre-t-il que vous abordez l’avenir avec confiance ?
P. Duchi : Il y a deux ans, nous avons emménagé sur notre site actuel, avec de nouveaux bureaux, un espace couvert pour garer les camions, un parking suffisant pour tout le matériel roulant, une station de lavage et un atelier, sans oublier les investissements en énergie verte et en gestion de l’eau. De quoi permettre à la prochaine génération de démarrer sur des bases solides et de poursuivre l’aventure si elle le souhaite. Je suis convaincu qu’il y aura toujours de la place pour des entreprises de notre taille, qui ne prennent pas de risques inutiles et cultivent un contact direct avec leurs clients.
Duchi Transport en bref
• Fondation : 1961
• Direction : Marnix et Patrick Duchi
• Siège : Deerlijk
• Spécialité : transport de conteneurs maritimes
• Flotte : 7 tracteurs (5 Renault T 460 ch, 1 Renault T 480 ch, 2 Renault T High 480 ch, 1 Ford F-Max), 17 châssis porte-conteneurs et 3 semi-remorques bâchées



