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Mario Merli (Jost) : « L’ambition – et les moyens – d’accélérer notre croissance en logistique »

Qui dit Jost, pense immédiatement à ses camions verts, omniprésents sur nos routes. Mais derrière cette image bien connue du transport se cache une autre facette du groupe : une activité logistique en plein essor mais peu médiatisée. Cette division, pourtant, compte aujourd’hui parmi les acteurs majeurs du secteur en Belgique. Nous avons rencontré Mario Merli, Chief Logistics Officer de Jost, pour en dresser le portrait.

Pourriez-vous esquisser les activités logistiques de Jost ?
Mario Merli : Jost a entamé ses activités logistiques il y a 25 ans. Leur croissance s’est progressivement accélérée, de sorte qu’aujourd’hui, nous disposons de 14 sites totalisant 710.000 m². Douze de ces sites sont en Belgique, un aux Pays-Bas (Maastricht) et un en Allemagne (Eschweiler près d’Aix-la-Chapelle).
En Belgique, les activités logistique sont essentiellement concentrées dans le bassin liégeois : Trilogiport, Bierset, Herstal et Battice. A cela s’ajoutent trois sites dans la province du Luxembourg – Aubange, Messancy et Molinfaing – et un dans le Hainaut, à Ghlin. En Flandre, nous sommes présents dans la logistique depuis l’acquisition de Verbessem à Waarloos en 2015, de Be-Trans à Geel en 2021 et, l’année passée, de Handico International dans le port d’Anvers. J’y reviendrai plus tard.

Que représente la division logistique au sein de Jost ?
M. Merli : Elles représentent 12,5% du chiffre d’affaires du groupe. Cette croissance se poursuivra dans les années à venir, car nous visons une croissance annuelle à deux chiffres. Tout comme dans le transport, d’ailleurs. Aujourd’hui nous employons 350 personnes, ce nombre pouvant passer à 450 en période de pointe.
De plus en plus, le transport et la logistique fonctionnent comme des vases communicants : une activité de transport peut générer un besoin logistique et inversement. Parfois de façon marginale, parfois de manière essentielle.

Jusqu’à présent, la croissance s’est faite tant par acquisitions que de manière organique. Quelle sera la priorité à l’avenir ?
M. Merli : La priorité sera la croissance, sans privilégier l’une ou l’autre méthode. Nous avons la volonté de la poursuivre et avons les moyens d’investir. Si des opportunités se présentent, nous en ferons encore des acquisitions. Mais nous avons également d’importantes possibilités de croissance organique.
En effet, nous avons une réserve foncière importante : 300.000 m² à construire, sur nos propres terrains, qui sont de plus géographiquement bien situés. Dans plusieurs cas, nous sommes en mesure de réaliser des bâtiments supplémentaires de 30.000 m².
Je voudrais souligner que la croissance s’est accélérée depuis 2017 et que, ces quatre dernières années, nous avons même doublé notre superficie logistique. Un véritable changement culturel s’est opéré: la logistique est désormais perçue comme une activité essentielle, pleinement intégrée à notre identité. Jost est devenu un 3PL à part entière.

Trilogiport

Est-ce que Trilogiport est votre site étendard ?
M. Merli : Absolument. Nous y exploitons pour l’instant 170.000 m² de bâtiments, qui passeront en janvier prochain à pas moins de 220.000 m². La localisation est idéale – au croisement de la Belgique, des Pays-Bas et de l’Allemagne – et ses connections trimodales (barge, route, rail) sont un atout indéniable.
Trilogiport est un outil taillé sur mesure de l’efficacité logistique grâce à ses quais fluviaux et sa desserte routière. Les conteneurs passent du fluvial rapidement aux dépôts, d’où les marchandises peuvent facilement être distribuées dans l’hinterland.

Sa fonction est essentiellement internationale. Ainsi, nous y opérons par exemple la logistique pour un grand groupe FMCG allemand. Les conteneurs en provenance d’Asie sont déchargés à Anvers, prennent la barge jusqu’à Trilogiport via le canal Albert. Là, ils sont déchargés et placés sur un châssis tracté par un tracteur de cour vers nos entrepôts. Ils y sont dépotés, les produits palettisés, stockés et acheminés vers les centres de distribution du client. C’est une activité conséquente : pour ce seul client, nous avons 50 conteneurs par jour à l’entrée. Chacun représente 1.800 colis : nous traitons donc pas moins de 90.000 colis par jour à Trilogiport, une activité qui se déroule sur 70.000 m². Ce sont des produits non-food très hétérogènes : du matériel de bricolage, des appareils ménagers, du matériel de cuisine, des articles promotionnels et j’en passe.

Nous avons également développé à Trilogiport une activité dans les polymères pour un client, qui a agi comme un produit d’appel dans la chimie. Les produits y sont palettisés et dépalettisés, transférés de et vers des big bags et octabins, etc. Les flux sont tant à l’import vers toute l’Europe qu’à l’export vers notamment les Etats-Unis ou l’Arabie Saoudite. Cette logistique relativement conventionnelle produit un effet de boule de neige. A tel titre que nous envisageons d’y construire un parc de silos pour les polymères et autres pulvérulents.

Une autre activité à Trilogiport est le stockage/distribution de produits ménagers, tels que des poudres de lavage, des liquides ménagers, etc. Ils représentent 30.000 à 40.000 pallettes. Le stockage est complété par des services de co-packing, de picking, de constitution de displays, etc. Pas moins de 12.000 palettes par mois sont distribuées depuis Trilogiport.

Par ailleurs, ce site est idéal pour le stockage de produits à haute valeur ajoutée : il offre un environnement hautement sécurisé, garantissant la protection des marchandises sensibles. Cette sécurité sera prochainement renforcée par la mise en place d’un système de contrôle d’accès intelligent basé sur un dispositif de ‘slot booking’, permettant une gestion optimisée et tracée des flux entrants et sortants.

Quelles sont les activités dans vos autres centres logistiques ?
M. Merli : Elles sont très diverses et vont de l’e-commerce à la logistique sur site Seveso en passant par le stockage conventionnel. Je vais vous citer quelques exemples.
A Bierset, nous avons un bâtiment en deuxième ligne dans la zone aéroportuaire de Liège Airport. Nous y avons traité jusqu’à 450 tonnes de colis d’e-commerce par jour. Compte tenu de ce que la zone est fermée et que les contrôles d’accès sont sévères, nous l’utilisons également pour le stockage de produits de très haute valeur comme des machines de protonthérapie valant plusieurs millions d’euros.

Nous avons à Maastricht Airport également un entrepôt en seconde ligne dédié aux colis e-commerce. C’est une activité pointue, avec du ‘pick, pack & ship’ de produits d’horlogerie et de matériel médical, notamment de ‘consommables’ médicaux. A Messancy, dans le sud de la Belgique, nous disposons de quatre blocs de 10.000 m² chacun pour de la logistique classique (in, stock, out), pour du crossdocking et pour la gestion d’une grande partie des emballages d’une grande entreprise située non loin qui confectionne des produits à base de chocolat.

Je citerai également Waarloos, près d’Anvers. Ce site a pour vocation de faire des opérations très rapides pour le secteur des boissons. Depuis son acquisition en 2015, nous y avons fortement développé l’outil et installé des machines dédiées, ce qui nous a permis d’accroître l’activité de près de 25%.

Handico International

Toujours à Anvers, mais dans le port cette fois, vous avez procédé l’année passée à l’acquisition de Handico International. Quels sont vos projets là-bas ?
M. Merli : Handico International (devenu Jost CFS & Storage) est à la base un prestataire portuaire de manutention de conteneurs, principalement chargés de pièces lourdes et imposantes. Ce site dispose de deux entrepôts d‘une surface de stockage de 11.000 m², avec la possibilité de développer de nouveaux bâtiments.

Parmi vos sites, vous en avez un en Allemagne…
M. Merli : A Eschweiler, suite à une acquisition en 2023, nous disposons d’un site Seveso, le premier dans notre portefeuille. Nous y assurons de la logistique pour des produits ménagers ainsi que des cosmétiques et des parfums, d’où la nécessité d’être Seveso. Nous y avons un transstockeur automatique de 32 m de haut d’une capacité de 16.000 palettes. Outre du stockage traditionnel, nous y faisons du ‘pick, pack & ship’ entre autres pour la constitution de coffrets de parfums, qui partent vers les quatre coins du monde. Nous ‘pickons’ entre 7.000 et 8.000 produits par jour.

Les activités logistiques sont très diversifiées. Est-ce une volonté stratégique ?
M. Merli : Monsieur Jost a compris il y a plusieurs années que la logistique renforce le transport et vice versa. Au fil du temps, nous nous sommes rendus compte que plus nous étions capables de proposer des services à valeur ajoutée ou des services de niche, plus nous arrivions à fidéliser les clients, à en attirer de nouveaux et à générer des profits. Dans les activités pures ‘entrée, stockage, sortie’, les marges sont, comme dans le transport, relativement faibles. Ce sont les volumes qui créent l’intérêt. Des activités de ‘pick, pack & ship’ ou de logistique à valeur ajoutée, par exemple, génèrent de bien meilleurs rendements que le stockage conventionnel.

L’intention est donc d’aller un pas encore plus loin dans toute cette offre de services spécifiques. Nous sommes d’ailleurs en train d’étudier les spécificités de nos clients. Il n’y a pas de barrières – si ce n’est des contraintes de rentabilité ou de faisabilité technique. Nous avons les ressources financières pour nous donner les moyens de réaliser nos ambitions.

Logistics Academy

Quel est le plus grand défi pour réaliser ces ambitions ?
M. Merli : Celui des ressources humaines. Nous avons l’avantage d’avoir des clients dans des secteurs différents et complémentaires, ce qui nous permet de basculer du personnel d’un site à l’autre en fonction des pics de demande. Pour ce faire, nous avons créé une Logistics Academy, afin de mettre en ‘pool’ le personnel, de cartographier le savoir-faire de chacun à l’aide d’une base de données interne et d’affiner les compétences par des formations adaptées.

Ceci nous permet aussi de faire face à la pénurie de personnel dans le secteur. Nous aussi y sommes confrontés, par exemple dans le sud du pays en raison de la concurrence avec Luxembourg où les salaires nets sont supérieurs. Dans le bassin liégeois, par contre, le problème se pose moins, entre autres grâce à la Logistics Academy. Là, les soucis se situent davantage au niveau de la mobilité du personnel, notamment à cause d’une desserte inadéquate par les transports en commun.

Quel est actuellement le projet d’avenir le plus important ?
M. Merli : Nous en avons bien sûr dans le domaine de la durabilité et de l’électrification, mais je citerai la digitalisation, qui a pris beaucoup d’ampleur ces dernières années. Nous avons travaillé entre autres à des outils prédictifs qui, sur base de données historiques, permettent de prévoir à quelques pourcents près, les indicateurs de rentabilité et les besoins en ressources.

Pour ce faire, nous disposons d’un tableau de bord indiquant en temps réel les taux d’occupation et continuons en permanence à développer nos WMS. Nous travaillons actuellement à l’intégration de l’intelligence artificielle pour optimiser les flux et les processus et pour améliorer les outils prédictifs.

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