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Faux transporteurs: « Le vol de fret continue d’augmenter »

Le secteur du transport est confronté ces dernières années à un phénomène de plus en plus répandu : les ‘faux transporteurs’. Ces entreprises fictives et frauduleuses se présentent comme des acteurs légitimes, souvent à l’aide de documents convaincants mais falsifiés, d’identités d’entreprises volées ou d’adresses mail très légèrement modifiées. Leur objectif est simple : intercepter une cargaison de valeur, puis disparaître sans laisser de trace.

Le problème se concentre de plus en plus autour des places de marché numériques. Jadis saluées pour leur efficacité et leur flexibilité, elles constituent aujourd’hui une nouvelle porte d’entrée pour les criminels. Créer un profil apparemment fiable ne demande que peu d’efforts, et la rapidité des mises en relation numériques ne permet pas toujours d’effectuer des contrôles suffisants. « 82 % des clients obtiennent un transport dans le quart d’heure », explique Gunnar Gburek, Head of Business Affairs chez Timocom. « En si peu de temps, il est quasiment impossible de vérifier un transporteur de manière approfondie. »

Selon les assureurs et les organisations sectorielles, le nombre de signalements de vols de cargaison augmente chaque année de manière exponentielle, surtout sur les trajets internationaux. « Nous sommes confrontés quotidiennement à des ‘fake carriers’ », explique Edwin Letschert, de la société néerlandaise Botlek Logistics. « Soit ils tentent de proposer une cargaison, afin qu’on charge pour eux. Soit ils tentent d’obtenir une cargaison de notre part, pour ensuite la voler. Nous nous sommes déjà fait piéger plusieurs fois. »

Les conséquences pour les entreprises touchées sont importantes. La valeur des cargaisons volées peut dépasser le demi-million d’euros. Outre les pertes financières directes, il faut compter les dommages en termes de réputation, la hausse des primes d’assurance et la perte de confiance dans les systèmes numériques. Une seule fraude peut être fatale pour les petites entreprises.

En pratique, un planificateur n’a pas le temps de tout contrôler.

Comment fonctionne la fraude ?

Le schéma est presque toujours le même. Un faux transporteur répond à une offre via une plate-forme ou un sous-traitant. Les documents, licences et coordonnées semblent corrects, mais sont falsifiés. La cargaison — souvent de l’électronique, des matériaux de construction, des métaux ou d’autres biens à forte valeur — est enlevée sans difficulté. Ensuite, l’adresse de livraison est modifiée, le contact est rompu et/ou le transport disparaît complètement des systèmes.

« Leur méthode est en effet presque toujours identique », confirme E. Letschert. « Nous savons désormais ce qu’il faut vérifier. Par exemple, ils ne négocient presque jamais le prix du transport, ce qui constitue déjà un indice. Et nous contrôlons les informations de l’entreprise aussi minutieusement que possible. Si quelque chose paraît suspect, nous en restons là. Il arrive aussi qu’ils usurpent le nom de sociétés connues et fiables. Il faut toujours vérifier si l’adresse mail correspond bien à celle de l’entreprise : parfois, il n’y a qu’une lettre de différence avec l’adresse officielle. »

Dans certains cas, des sous-traitants de bonne foi contribuent involontairement à la fraude, ce qui rend la responsabilité plus floue. « Le fraudeur fait alors appel à un transporteur légitime pour charger à sa place », explique E. Letschert. « Celui-ci livre ensuite de bonne foi à une autre adresse que celle prévue dans l’ordre officiel. Il n’est donc pas impliqué sciemment, mais il est souvent tenu pour responsable ensuite, puisque la cargaison a disparu. »

Certains criminels vont jusqu’à racheter des transporteurs inactifs ou en difficulté. « Ils rémunèrent un homme de paille, parfois un sans-abri ou un jeune de 18 ans, qui signe uniquement pour l’argent », explique Frederik Dekeyser du bureau d’enquête Wim Dekeyser. « Les criminels disposent ainsi de numéros de TVA valides, de licences et parfois même d’un abonnement à une bourse de fret. Avant que la reprise ou la modification de l’actionnariat ne soit officiellement enregistrée, personne ne sait que l’entreprise est aux mains de fraudeurs. »

« Comme il faut souvent des jours pour découvrir le problème,

les marchandises peuvent se retrouver partout. »

Comment éviter la fraude ?

Avant tout : tout vérifier — licences, numéro de téléphone, adresse mail, documents d’assurance, etc. « Mais en pratique, un planificateur n’a pas le temps de tout contrôler », souligne F. Dekeyser. « Et la fraude n’est souvent pas détectée à temps. Nous envoyons donc depuis un certain temps des mails d’alerte au secteur. Nous y rassemblons des informations communiquées par des transporteurs : adresses mail suspectes, numéros de téléphone, noms… C’est un service gratuit. Avant, nous envoyions ces alertes une à deux fois par semaine ; aujourd’hui, parfois jusqu’à 20 fois. Nous recevons chaque jour des signalements de tentatives ou de fraudes avérées. »

Autre outil utile : le ‘modèle de barrières’. Il identifie les moments où les criminels interviennent dans le processus logistique et où placer des obstacles : contrôles plus stricts, meilleures vérifications d’identité, technologies renforcées pour authentifier les transporteurs. En comprenant la méthode des faux transporteurs, les entreprises peuvent mettre en place des mesures ciblées.

L’enregistrement des plaques d’immatriculation et la vidéosurveillance aident aussi. Parallèlement, les experts réclament davantage de professionnalisation : contrôle numérique paneuropéen des assurances, licences et données d’entreprise, base de données centralisée des faux transporteurs connus et règles de communication claires afin de conserver les contacts autant que possible au sein des plates-formes. « Mais la communication via les bourses numériques n’est pas toujours efficace contre la fraude », note F. Dekeyser. « Certaines plates-formes y ont renoncé. Teleroute indique par exemple qui a consulté une annonce, ce qui permet de disposer déjà de cette information en cas de fraude. »

Retrouve-t-on les cargaisons volées ?

« Les chances sont faibles », affirme F. Dekeyser. « Comme il faut souvent plusieurs jours avant de découvrir le problème, les marchandises peuvent se retrouver n’importe où. Le transport est par définition international, ce qui complique les plaintes et les enquêtes. Par exemple : chargement en Belgique, livraison prévue en Espagne, mais le fraudeur se fait passer pour un transporteur polonais et le fret disparaît en Tchéquie. La collaboration entre services de police de différents pays reste difficile. Même déterminer le lieu de la plainte peut être un véritable casse-tête. Nous retrouvons parfois des entrepôts contenant des marchandises volées mais pas toujours celles du dossier que nous suivons. Les manutentionnaires sont alors parfois arrêtés, mais les véritables cerveaux restent dans l’ombre. »

Checklist pour repérer les faux transporteurs

Lors du DEKRA Future Congress for Commercial Vehicles à Berlin, Gunnar Gburek (Timocom) a présenté la checklist suivante :

  1. Ils veulent toujours communiquer en dehors de la plate-forme.
  2. Ils font référence à des demandes de transport réelles ou fictives : ils ‘détournent’ des offres en prétendant répondre à une demande existante.
  3. Ils disposent d’informations internes (ou tentent d’en obtenir) : détails sur les itinéraires, les lieux de chargement ou les clients, parfois via des questions qui paraissent anodines.
  4. Ils usurpent l’identité de transporteurs connus, en utilisant leurs noms ou même leurs logos.
  5. Ils modifient légèrement les adresses e-mail, par exemple : dispatch@haulierr.eu au lieu de dispatch@haulier.eu.
  6. Ils utilisent des documents falsifiés : licence EURO, attestation d’assurance, CMR.
  7. Ils acceptent des prix inférieurs à la valeur du marché, pour obtenir rapidement une mission.
  8. Ils insistent pour une décision rapide, car le temps de vérification est leur ennemi.

Un outil pour avertir rapidement les planificateurs

Le bureau d’enquête Wim Dekeyser développe un outil de contrôle destiné à aider les planificateurs et les chargeurs à démasquer rapidement les faux transporteurs. L’utilisateur doit simplement introduire trois éléments de l’entreprise qui le contacte : le nom, le numéro de TVA et l’adresse e-mail utilisée.

« L’outil relie immédiatement ces données à des bases de données publiques, à des registres d’entreprises et à notre liste interne de fraudeurs connus », explique Frederik Dekeyser. « Un module soutenu par l’IA analyse la combinaison et fournit en quelques secondes un signal clair : ‘Attention, cette adresse mail ne correspond pas aux données officielles de l’entreprise’ ou ‘Ce nom apparaît dans des cas de fraude antérieurs’. Le système montre en un coup d’œil si quelque chose cloche. Le lancement est prévu début 2026. »

Ceux qui souhaitent recevoir les mails d’avertissement peuvent en faire la demande via warning@wimdekeyser.be. Cette adresse permet également de signaler des fraudes (ou tentatives).

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