Dans le transport routier, la transition énergétique avance trop lentement au goût de la Commission européenne. Pour stimuler le passage aux camions zéro émission, l’Europe lance parfois des initiatives pertinentes. L’autorisation donnée aux États membres d’appliquer, jusqu’au 30 juin 2031, un tarif kilométrique nul pour les poids lourds sans émissions en est un bon exemple.
Mais il arrive aussi que Bruxelles se trompe complètement de cible. Le projet de la Commission européenne visant à obliger les entreprises disposant d’une flotte importante – en clair, toutes celles comptant plus de dix véhicules – à acheter des camionnettes et camions zéro émission relève de ces idées déconnectées de la réalité.
L’approche de la Commission va à l’encontre de la liberté de choix des entrepreneurs. Loin d’accélérer la transition énergétique, l’imposition de quotas minimums de véhicules zéro émission produiront l’effet inverse : les entreprises reporteront leurs investissements dans du matériel neuf et coûteux, entraînant le vieillissement des flottes existantes – avec toutes les conséquences négatives pour l’environnement.
Les entreprises à faibles marges — autrement dit presque toutes les sociétés de transport — se retrouveront en difficulté financière si elles sont contraintes d’acheter des camions zéro émission, dont le prix d’acquisition est, comme chacun le sait, en moyenne 2,5 à 3 fois supérieur à celui d’un modèle diesel équivalent.
Et ce n’est pas tout : l’Europe ignore totalement certaines conditions essentielles. Que faire d’un camion zéro émission quand aucun client n’est prêt à payer plus cher pour un transport sans émissions ? Et que faire si vous êtes spécialisé dans les trajets internationaux longue distance ? Avec un e-truck, c’est tout simplement impossible en raison des contraintes opérationnelles actuelles.
Je peux comprendre que la transition énergétique dans le transport lourd avance trop lentement au goût de l’Europe, mais je reste convaincu que les incitants en faveur des véhicules décarbonés constituent un levier bien plus efficace que des quotas minimums irréalistes imposés arbitrairement d’en haut. La carotte plutôt que le bâton.
Aux côtés de l’IRU, la Febetra poursuit un dialogue étroit avec les institutions de l’UE afin de veiller à ce que la transition vers un transport routier zéro émission se fasse de manière réaliste, abordable et adaptée à la réalité opérationnelle.
Philippe Degraef,
Directeur de la Febetra.


