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TPG : Un Polonais aux dents longues

Trans Polonia Group est actif en Belgique depuis novembre 2021, quand il a repris la société Deckers de Brecht. Ce spécialiste des transports en citerne a frappé un grand coup en 2025 et rachetant le groupe néerlandais Nijman-Zeetank, ce qui lui a permis de doubler de taille en une fois. Nous avons rencontré le CEO Dariusz Cegielski lors d’une de ses visites en Belgique.

Dariusz Cegielski a fondé Trans Polonia en 2004. La spécialité de l’entreprise a toujours été le transport par citernes mais quatre ans à peine après sa création, elle entrait déjà à la bourse de Varsovie. Depuis lors, sa croissance est continue, même si elle s’est accélérée par à-coups avec les reprises effectuées à l’étranger.

L’Ouest comme exemple

Truck & Business : D’où vous est venue l’idée de créer votre entreprise de transport ?

Dariusz Cegielski : Je travaillais dans une société où j’étais responsable de l’approvisionnement d’usines en matières premières. Puisqu’une bonne partie de ces marchandises étaient importées, je me battais tout le temps avec les formalités douanières… jusqu’à ce que la Pologne entre dans l’Union Européenne. Le changement a été radical : tout devenait plus simple, plus rapide. J’ai donc créé ma propre entreprise mais en m’inspirant des méthodes des entreprises d’Europe de l’ouest. Nous étions plutôt bien accueillis en dehors de Pologne, sauf peut-être dans les petites entreprises allemandes qui étaient plus protectionnistes.

T&B : Quel est le plus grand défi que vous ayez eu à relever ?

D. Cegielski : Nous étions une des entreprises de transport qui grandissaient le plus vite en Pologne mais les capitaux étaient rares. J’ai choisi d’entrer en bourse, une solution peut-être pas très répandue mais qui nous a donné une grande flexibilité et nous a permis de grandir plus vite que les sociétés familiales traditionnelles. Aujourd’hui, 80 % de notre capital environ est en bourse.

T&B : Quelle sont été les principales étapes de cette croissance ?

D. Cegielski : Notre premier gros client était une raffinerie Lotos et nous avons eu deux défis à relever. Il fallait construire un réseau de distribution de bitume en Pologne et alimenter en additifs des usines de fabrication de lubrifiants. Les matières premières venaient principalement de France. Il faut croire que nous avons fait nos preuves. Après l’entrée en bourse, les choses n’ont pas bougé tout de suite mais en 2014, nous avons racheté Orlen Transport, le distributeur exclusif de carburants pour 2200 stations-service Orlen dans tout le pays. Elle employait près de 600 personnes et disposait d’une flotte de plus de 200 camions-citernes. Mais nous étions toujours fort dépendants du marché polonais et j’ai pointé le Benelux et la région de la Ruhr en Allemagne. La première étape de notre développement international a donc été la reprise de Deckers en 2021.

T&B : Dans le domaine du transport par citernes, le transport international diffère fort du transport national…

D. Cegielski : Oui, et c’est pour cela que nous cherchons systématiquement des solutions multimodales, une chose qui n’existe pratiquement pas en Pologne. Nous devons développer ces compétences et c’est là qu’interviennent les sociétés que nous rachetons.

Deux rachats coup sur coup

T&B : Comment s’est passé le rapprochement avec Deckers ?

D. Cegielski : Chez Deckers comme chez Nijman-Zeetank, on se posait des questions de succession. Le passage d’une génération à l’autre est moins facile qu’avant. Vous savez, les jeunes générations sont mieux éduquées qu’avant… et elles osent parfois dire ‘non’ à leurs parents ! De mon côté, j’avais identifié une dizaine d’entreprises intéressantes mais la plupart, dont Huktra, n’étaient pas intéressées. Ils avaient peut-être peur d’un repreneur venu de l’est…

T&B : Qu’est-ce qui fait la réussite d’un rachat d’entreprise ?

D. Cegielski : D’abord, il faut créer la confiance. Le rachat, ce n’est que le début. Il faut vite voir ce que l’on peut changer dans l’entreprise tout en maintenant à bord les personnes-clés. En Belgique, par exemple, nous avons créé une entreprise biculturelle, avec du support administratif supplémentaire venant du siège central en Pologne et des capacités de transport polonaises, pour des raisons évidentes de coûts.

T&B : L’entreprise ne devient donc pas une coquille vide ?

D. Cegielski : Bien sûr que non ! Il y a toujours 50 personnes qui travaillent chez Deckers comme avant !

T&B : Et aux Pays-Bas ?

D. Cegielski : l’entreprise à reprendre était beaucoup plus grande mais nous avions l’expérience d’Orlen Transport ! Avec le vendeur, nous avons donc mis sur pied un programme de communication pour assurer une transition fluide. C’est ainsi que Kees van Noordt, le directeur général, continuera à participer aux activités commerciales pendant deux ou trois ans.

T&B : Vous parlez de véhicules et de chauffeurs polonais. Où en est la pénurie de chauffeurs en Pologne ?

D. Cegielski : Ca a mal évolué. On consomme davantage et on a donc besoin de plus de chauffeurs mais les chauffeurs d’aujourd’hui ne veulent plus, comme avant, passer de longues semaines dans leur camion. Donc nous travaillons beaucoup pour soutenir les chauffeurs via le service RH, nous avons créé notre propre école de chauffeurs et nous avons aussi mis sur pied tout un programme de fidélisation parce l’autre grande différence avec avant, c’est que les chauffeurs sont moins loyaux qu’avant. Il y en a qui partent et qui reviennent, comme s’ils n’avaient aucun plan de carrière.

T&B : Où se trouve Trans Polonia aujourd’hui par rapport aux objectifs que vous vous étiez fixés ?

D. Cegielski : On est plus loin que je ne l’imaginais. Quand nous sommes entrés en bourse, j’avais un objectif de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires mais on me disait que c’était peut-être trop ambitieux. Aujourd’hui nous sommes à 150 millions mais ce n’est pas encore suffisant ; le monde change trop vite et nous avons encore besoin de réaliser des économies d’échelle pour rester concurrentiels. Surtout dans le domaine du transport multimodal ?

« Vivement le transport autonome ! »

T&B : Comment pensez-vous décarboner vos activités ?

D. Cegielski : Justement en développant le transport multimodal et ensuite en renouvelant notre flotte. Nous avons déjà essayé un camion électrique mais il faut se rendre compte qu’en transport international ADR, nous faisons des trajets de 1500 à 2000 kilomètres. En fait, j’attends surtout les camions autonomes !

Trans Polonia Group en bref

  • Création : 2004
  • Listée à la bourse de Varsovie
  • Spécialités : transport en citernes (produits chimiques, carburants, gaz, bitume et produits alimentaires)
  • Chiffre d’affaires : environ 150 millions d’euros
  • Présence en Pologne, en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas

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