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Podcast ‘l’électrification dans la logistique’: « Aujourd’hui, toutes les pièces du puzzle s’assemblent »

L’électrification est désormais au cœur de la logistique. Ce qui a commencé il y a quelques années avec des panneaux solaires sur les toits des entrepôts et quelques camionnettes électriques évolue rapidement vers un système énergétique complexe intégrant transport, bâtiments, stockage et capacité réseau. Avec Sofie Gorlé (Arcade Groep), Mattijs Plettinx (WDP) et Dirk Van Buggenhout (Montea), nous examinons comment les entreprises peuvent se préparer au mieux à ces défis.

Logistics Management : L’électrification dans la logistique est-elle aujourd’hui une nécessité ou encore un choix ?

S. Gorlé (Arcade Groep) : C’est clairement une nécessité, mais il est difficile de déterminer le bon moment. Nous sommes à un tournant. Il ne faut surtout pas attendre qu’il soit trop tard. Les investissements réalisés aujourd’hui s’inscrivent dans la durée. Ils doivent être judicieux.

LM : Comment Montea conseille-t-il ses clients en matière d’électrification ?

D. Van Buggenhout (Montea) : La logistique affiche traditionnellement une consommation électrique relativement faible, mais un énorme potentiel solaire. Montea comme WDP l’ont déjà largement exploité. Aujourd’hui, de nombreux sites consomment moins que ce que le soleil produit. Parallèlement, l’électrification du transport arrive. Il faut aborder ces deux dimensions ensemble : comment devenir, à côté d’un hub logistique, un hub énergétique ? D’un point de vue durable, nous voulons d’abord utiliser l’énergie le plus efficacement possible et la réduire lorsque c’est possible. L’énergie solaire produite doit rester locale.

LM : Est-ce aussi le cas chez WDP ?

M. Plettinx (WDP) : Absolument. C’est avant tout une question de timing. Nous commençons maintenant, sinon il sera trop tard. Le moment est idéal car toutes les pièces du puzzle s’assemblent. Autrefois, nous installions des panneaux solaires et la consommation restait faible. Aujourd’hui s’y ajoutent l’électrification des véhicules et davantage d’automatisation. Tout converge. C’est le moment de structurer correctement l’ensemble, tant au niveau du site que du portefeuille global.

LM : Qui pilote cette électrification ? Les locataires ou vous en tant que loueur ?

M. Plettinx : Certains clients savent très clairement ce qu’ils veulent, mais beaucoup ne savent pas par où commencer. Installer des panneaux solaires est simple, mais dès que l’on va plus loin, une collaboration étroite avec les clients devient indispensable.

D. Van Buggenhout : Chez nous, l’initiative vient encore peu des clients. Il y a des pionniers, notamment avec les camionnettes électriques, mais combiner bâtiment, transport lourd, énergie renouvelable et stockage est une autre histoire. Nous voulons investir dès maintenant, car la transition vers les camions électriques pourrait s’accélérer brutalement. Nous l’avons vu avec les voitures électriques.

Pénurie de capacité réseau

LM : Comment les entreprises peuvent-elles s’y préparer ?

S. Gorlé : L’infrastructure électrique doit être dimensionnée pour les puissances nécessaires. La capacité réseau est un facteur clé et complexe : elle est rare et coûteuse. Réserver une capacité dont on n’a pas besoin est peu judicieux. L’énergie doit être anticipée et consommée instantanément ; tout écart entre production et consommation a un impact.

LM : Faut-il alors commencer par un audit énergétique ?

S. Gorlé : Dans un certain sens, oui. Chaque site et chaque client sont différents. Il faut optimiser le dimensionnement des raccordements, des batteries et des infrastructures de recharge, car cela détermine la rentabilité.

D. Van Buggenhout : Nous engageons le dialogue avec les clients, les gestionnaires de réseau et les partenaires afin d’identifier ce qui est possible à court et long terme. Investir sans vision d’avenir n’a guère de sens. La coordination entre toutes les parties prenantes est essentielle.

M. Plettinx : Chez WDP, les audits restent importants, mais nous évoluons vers un monitoring en temps réel. Le marché change si vite que des mesures continues sont nécessaires. En tant que développeur, vous investissez pour le client d’aujourd’hui, alors que la situation peut être différente demain. C’est pourquoi nous avançons dès maintenant, même si tout n’est pas encore parfaitement clair.

LM : Quelle flexibilité pour l’infrastructure énergétique si un autre locataire arrive plus tard ?

S. Gorlé : La flexibilité est en effet cruciale. Les conditions-cadres sont en partie définies, mais il faut dès aujourd’hui veiller à ce que l’électrification locale fonctionne lorsque le besoin de recharge sur site se fera sentir.

D. Van Buggenhout : De même qu’un bâtiment n’est pas conçu pour un seul locataire, l’infrastructure énergétique doit être modulaire. S’il y a des locaux pour transformateurs, nous les faisons assez grands pour pouvoir éventuellement en ajouter un. Et nous prévoyons des gaines pour d’éventuels câbles supplémentaires.

M. Plettinx : Il n’existe pas de business case idéal pour intégrer cette flexibilité. Il s’agit surtout de modularité afin de permettre la croissance. Chez WDP, nous construisons aussi pour un certain type de clients. Parfois, selon la région ou le secteur industriel, nous savons à quoi les bâtiments peuvent servir. Nous cherchons alors à y ajouter cette couche d’électrification, afin d’offrir davantage d’options.

LM : Recharge lente ou rapide ?

S. Gorlé : Aujourd’hui, la recharge lente est la plus rentable économiquement. La capacité réseau et les tarifs rendent la recharge rapide complexe. C’est contre-intuitif, mais c’est la réalité. Il faut néanmoins garder l’option ouverte pour l’avenir.

D. Van Buggenhout : On n’installe pas un chargeur rapide devant chaque maison pour les voitures de société. Sur nos sites, nous privilégions la recharge lente, complétée éventuellement par quelques bornes rapides.

M. Plettinx : En termes de Total Cost of Ownership, cette approche peut toutefois entrer en conflit avec la réalité du client. Certains ont besoin de recharge rapide pour maintenir leur activité. Cette analyse doit se faire ensemble.

D. Van Buggenhout : Pour les camions, on parle de puissances en mégawatts, pour lesquelles le réseau n’est pas encore dimensionné. Le stockage d’énergie devient donc indispensable pour absorber les pics.

Course à la capacité

LM : Y a-t-il des secteurs où l’électrification progresse plus rapidement ?

D. Van Buggenhout : Les services de livraison de colis et la distribution urbaine sont en tête. Ils n’ont pas le choix : les villes se ferment aux véhicules thermiques. D’autres secteurs hésitent encore, notamment pour le transport lourd en raison du coût élevé des e-trucks. Mais la transition arrive là aussi.

M. Plettinx : L’électrification progresse surtout dans les nouveaux bâtiments. Dans les entrepôts plus anciens, c’est beaucoup plus difficile. Y renforcer la durabilité constitue un défi majeur.

LM : La congestion du réseau freine-t-elle déjà les projets ?

S. Gorlé : Oui. Nous sommes dans une course à la capacité : chacun demande une augmentation sans savoir précisément ce dont il a besoin. Cela crée de la rareté. Les procédures de raccordement prennent également de plus en plus de temps.

D. Van Buggenhout : Le raccordement énergétique peut prendre plus de temps qu’un permis. Nous devons désormais l’anticiper avant même de déposer une demande de permis.

M. Plettinx : Contrairement aux Pays-Bas, où la congestion du réseau est très aiguë, le problème en Belgique semble aujourd’hui plus virtuel que physique. Il est toutefois inégalement réparti, ce qui génère de l’incertitude. Cela pousse chacun à demander le maximum de capacité. Nous dialoguons donc de manière proactive avec les gestionnaires de réseau. Nous voulons faire partie de la solution, pas du problème.

LM : La gestion de l’énergie devient toujours plus complexe : pics, variations tarifaires jour/nuit… Les entreprises ont-elles besoin d’accompagnement ?

S. Gorlé : Assurément. La logistique dispose d’un atout : la production locale via les panneaux solaires. Cela ouvre des possibilités d’organisation intelligente. Mais la complexité reste réelle. Il faut tout pouvoir anticiper et coordonner, car chaque quart d’heure correspond à un moment de fourniture d’énergie.

D. Van Buggenhout : Nous voulons réellement décharger nos clients de ces préoccupations. Contrats, prévisions, pilotage, stockage : nous prenons en charge tout ce qui concerne l’énergie, afin qu’ils puissent se concentrer sur leur cœur de métier.

M. Plettinx : Au final, l’énergie doit être verte et simple pour le client. C’est l’objectif. Même si la réalité est plus complexe que jamais, il existe aujourd’hui des solutions pour automatiser et masquer cette complexité grâce aux prévisions et au pilotage intelligent.

Ce podcast a été enregistré à La Vue, le site événementiel B2B situé au dernier étage du bâtiment d’entreprise de Kris De Leeneer (KDL) | logistiek, anders à Lokeren.
Plus d’infos :
https://deleeneer.be/lavue/

 Les participants

  • Sofie Gorlé est Head of Energy et coactionnaire du bureau d’études et d’ingénierie Arcade Groep, fondé par son père.
  • Mattijs Plettinx est Global Head of Energy & Sustainability chez WDP, investisseur et développeur immobilier logistique.
  • Dirk Van Buggenhout est Chief Sustainability Officer chez Montea, investisseur et développeur immobilier logistique.

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