Fin 2025, le transporteur et logisticien Ekiris (Mont-Saint-Guibert) décrochait la médaille Platinum de la plateforme d’évaluation RSE EcoVadis. Une première dans le secteur en Belgique. Derrière cette distinction, nous avons voulu comprendre ce que recouvre réellement la démarche, entre opportunité commerciale et investissement conséquent.
Chez Ekiris, l’entrée dans l’écosystème EcoVadis ne relève pas d’une stratégie initiale mais d’une demande client. « Pour être tout à fait honnête, c’est un client du secteur pharma qui nous l’a suggéré, pour ne pas dire imposé », reconnaît François-Xavier Modave, dirigeant et cofondateur d’Ekiris. Ce client, lui-même certifié EcoVadis, soumet régulièrement ses fournisseurs à une évaluation RSE. Le premier retour met en évidence des lacunes, notamment sur les volets sociaux et éthiques.
« Nous étions loin, dans le mauvais sens du terme », admet sans détour le patron. L’entreprise décide alors de structurer sa démarche : formalisation de procédures, définition d’objectifs et formation des équipes. Quelques mois plus tard, encadrée par Intraco Consulting, elle obtient la médaille Platinum, qui la place dans le top 1 % des entreprises évaluées. Un résultat inattendu, mais qui traduit un travail de fond et une montée en maturité rapide.
Les dessous de l’évaluation
Fondée en 2007, EcoVadis couvre plus de 175.000 entreprises dans 250 secteurs et 185 pays. Un questionnaire en ligne, adapté au profil de chaque entreprise, débouche sur une note. En fonction de celle-ci et du positionnement par rapport aux autres entreprises évaluées, une médaille (Bronze, Silver, Gold ou Platinum) ou un badge (Committed ou Fast Mover) peut être attribué.
L’évaluation porte sur quatre thèmes : environnement, social et droits humains, éthique des affaires, achats responsables. Autre spécificité de cette agence de notation : son empreinte internationale. Des groupes comme BASF, Unilever, Mondelez, L’Oréal ou Saint-Gobain utilisent sa plateforme pour évaluer leurs fournisseurs, créant une pression en cascade dans les chaînes d’approvisionnement.
EcoVadis ne réalise pas d’audits sur le terrain. L’évaluation repose sur une analyse documentaire : politiques formalisées, preuves de formation, indicateurs de résultats. « L’objectif est d’encourager la formalisation et la traçabilité des démarches, devenues essentielles dans le contexte réglementaire actuel », précise Bettina Grabmayr, VP Methodology & Research chez EcoVadis. Une exigence renforcée par la directive CSRD, qui contraint les grandes entreprises à intégrer les émissions de leurs prestataires dans leur reporting.
Combien ça coûte ?
L’abonnement annuel varie entre 449 et 8839 EUR selon la taille de l’entreprise et le niveau d’abonnement choisi, faisant varier l’autorisation et/ou le niveau de la mise en valeur de la performance, de l’évaluation de partenaires, de l’accès aux parcours d’e-learning,… Cela dit, pour décrocher sa médaille Platinum, c’est environ 20.000 EUR qu’Ekiris estime avoir dépensé. « Sans compter le temps, insiste François-Xavier Modave. Six mois de réunions hebdomadaires avec notre consultant, de création de procédures, de formation des équipes. Ça m’a paru très long, très cher. »
Et l’effort n’est pas terminé. Pour garder sa médaille, la démarche impose une logique d’amélioration continue : chaque année, il faut se fixer de nouveaux objectifs et démontrer les progrès réalisés. Une contrainte réelle, mais aussi un levier de structuration.
Alors que sa flotte commence à arborer sa médaille Platinum, Ekiris est plutôt positif par rapport à ce parcours RSE. Il lui a permis d’améliorer ses procédures, de rassurer un client stratégique et de renforcer la relation commerciale.
La notation devient aussi un argument dans les appels d’offres, notamment à l’international. « La performance RSE devient un véritable facteur d’attractivité commerciale », confirme Bettina Grabmayr, qui souligne que la notation est désormais analysée par les donneurs d’ordre et peut faciliter de nouvelles relations d’affaires.
Un atout également souligné par François-Xavier Modave qui ne recommande toutefois pas la démarche à tous les transporteurs. « Je la conseillerais si les clients la demandent. Pour une PME sans pression externe, l’investissement peut peser lourd. En revanche, pour les entreprises intégrées dans des chaînes logistiques internationales, EcoVadis constitue un langage commun avec les donneurs d’ordre et, pour qui n’avait pas encore formalisé sa démarche RSE, un cadre structurant pour ne pas partir de zéro. »
L’évaluation du secteur
EcoVadis applique une méthodologie commune à tous les secteurs, adaptée au profil de chaque entreprise. Dans le transport, les critères activés couvrent les émissions de gaz à effet de serre, la consommation de carburant, la sécurité des travailleurs et les conditions d’emploi. En France, le score moyen du secteur est passé d’environ 52 en 2020 à près de 59 en 2024 alors que le nombre d’entreprises évaluées a plus que doublé. Les sociétés ayant traversé plusieurs cycles d’évaluation ont amélioré leur score de 15 points en moyenne. EcoVadis reste un référentiel transversal, complémentaire des outils spécialisés – calcul carbone, optimisation logistique – plutôt que concurrent.




