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Yusen Logistics: la Belgique au centre du dispositif européen

Cela ne fait que quelques années que la marque Yusen Logistics s’est implantée en Europe mais à force de reprises, le logisticien japonais s’est construit rapidement une place de choix dans la logistique pharmaceutique et automotive. Avec le Belge Bruno Jacques à la tête de sa division ‘pharma’, notre pays va même jouer un rôle de plus en plus important dans la stratégie de Yusen Logistics.

Bruno Jacques possède un sacré curriculum vitae dans le secteur logistique : après quelques années dans le secteur du retail (JP Janssen, devenu Danzas, puis Exel et enfin DHL), il est passé chez ABX Logistics où il est devenu directeur général de la division Contract Logistics. Après la cession de cette activité à DSV, il a été Managing Director de Panalpina au Belux avant d’être engagé chez Yusen Logistics en 2018. Il occupe désormais les fonctions de CEO de Yusen Logistics Healthcare et Deputy Managing Director pour l’Europe.

Transformer… et rentabiliser

Truck & Business : Quel est le fil rouge dans l’évolution de votre carrière ?

Bruno Jacques : La transformation. Au travers de mes différentes responsabilités, je me suis spécialisé dans la transformation d’entreprises ou de business units. Chez ABX, j’ai soutenu Laurent Levaux pour rendre les opérations au Benelux rentables et pour les préparer à la revente.

T&B : Qu’est-ce que vous retirez de cette période chez ABX ?

Jacques : A l’époque de la SNCB, la structure et le concept n’étaient pas suffisamment structurés et la mentalité était trop ‘nine-to-five’. C’est quand 3i a repris ABX Logistics que l’ensemble a commencé à devenir rentable et que nous avons commencé à convaincre de grands clients comme Electrabel, ou Berry Floor de nous confier des contrats de longue durée. Et puis 3i a voulu vendre…

T&B : C’est Yusen Logistics qui est venu vous chercher ?

Jacques : Oui. Je suis arrivé en 2018, cinq ans après le changement de nom de New Wave Logistics en Yusen Logistics. Ils m’ont demandé de transformer l’entreprise et, avec une nouvelle équipe de direction, nous sommes devenus bénéficiaires en deux ans. Aujourd’hui, nous sommes dans le top 5 mondial chez Yusen.

T&B : C’est ce qui vous a permis d’entamer une phase de croissance externe ?

Jacques : Il fallait d’abord montrer que nous pouvions être rentables et connaître une croissance organique. Ensuite, nous avons présenté un plan de croissance externe, juste avant le Covid. Ce plan a débuté avec la reprise du groupe Pierre-Ajimex qui venait renforcer la division Healthcare, puis avec la reprise de Parts Express qui a renforcé la division Automotive. Une fois l’intégration de ces entreprises réalisées, Yusen Logistics a placé l’Allemagne et la Suisse sous ma responsabilité, en plus du Benelux, et nous avons créé un cluster ‘Nord’ avec les pays scandinaves.

T&B : Et puis est arrivée la reprise de Walden, qui possédait plusieurs implantations en Belgique. Où en est l’intégration de ces différentes activités ?

Jacques : En Belgique, Walden était deux fois plus grand que Yusen. Sur le plan opérationnel, l’intégration sera effective au 1er avril 2027. Il restera juste encore à parfaire l’intégration des services IT.

T&B : Vous travaillez pour des actionnaires japonais. Qu’est-ce que des Japonais et des Belges ont à apprendre l’un de l’autre ?

Jacques : Les Japonais sont de très bons stratèges à long terme mais ils savent aussi faire preuve de flexibilité. Et quand ils s’engagent, ils vont jusqu’au bout. Les Belges, de leur côté, sont très entreprenants. Et la combinaison des deux mentalités donne de très bons résultats.

Un nouveau QG à Anvers

T&B : Quelle sera alors la prochaine étape du développement de Yusen Logistics en Belgique ?

Jacques : Le déménagement vers Anvers de notre quartier général européen qui se trouve actuellement à Schiphol. Nous occuperons 2000 m2 environ dans le nouveau complexe CU Antwerp avec une cinquantaine de personnes dont certains en provenance du QG actuel aux Pays-Bas. Outre la direction de la division Healthcare, le site abritera aussi les fonctions centrales liées à toutes nos activités sur le continent européen.

T&B : Et comment avez-vous réussi à attirer ce QG en Belgique, là où les Pays-Bas semblent particulièrement attractifs pour ce type de société ?

Jacques : Le paysage est en train de changer aux Pays-Bas. Il devient de plus en plus difficile d’attirer certains profils et les coûts augmentent fortement. D’autre part, les règles concernant les ‘expats’ sont maintenant plus avantageuses en Belgique.

T&B : Pierre, Ajimex et certaines branches de Walden avaient leur propre flotte. Allez-vous la conserver une fois l’intégration terminée ?

Jacques : Nous allons conserver notre flotte et nos chauffeurs. Ce sont de véritables spécialistes du secteur pharma, très bien formés. Dans le secteur automotive, c’est pareil : nos chauffeurs vont livrer des pièces détachées la nuit chez les concessionnaires, eux aussi sont très bien formés, notamment dans le domaine de la sécurité. Une flotte propre n’est pas un mal nécessaire, c’est un atout. A côté de cela, nous travaillons aussi avec des sous-traitants sélectionnés

Vers des clusters plus grands

T&B : Et quelle est la stratégie de Yusen Logistics en ce qui concerne la décarbonation ?

Jacques : Nous avons tous des objectifs à atteindre et les résultats sont suivis chaque mois. Ici, nous produisons déjà de l’électricité avec nos panneaux solaires et l’électricité que nous achetons est verte. En ce qui concerne le transport, cela se fait en collaboration avec les clients. Ils commencent à mettre la pression pour que nous passions à un transport décarboné mais il faut encore trouver le point d’équilibre pour justifier l’investissement dans des camions électriques ou à hydrogène et, en ce qui nous concerne, l’autonomie est encore un peu trop limitée. Nos premiers pas se dérouleront probablement avec un projet dédié.

T&B : A quoi pourrait ressembler Yusen Logistics en Belgique dans cinq ans ?

Jacques : L’intégration de toutes les activités sera achevée mais nous conserverons certaines marques très liées à un type de service. Par ailleurs, nous travaillerons avec des campus logistiques de minimum 25.000 m2. Nous sommes présents pour le moment à Alost, Melsele, Gembloux et Houdeng, il y aura peut-être des déplacements d’activité mais rien n’est encore décidé.

« Nous sommes passés d’une rentabilité négative au top 5 mondial de la rentabilité chez Yusen Logistics. »

Interview VIP

Y a-t-il un slogan qui reflète bien votre vision de l’entreprise ?

Jacques : J’aime beaucoup cette citation d’Oscar Wilde : « Sois toi-même, les autres sont déjà occupés ». C’est peut-être ce qui explique que je n’aie pas réellement de modèle dans le monde économique ou ailleurs. Je préfère m’inspirer de plusieurs personnes qui forment un ensemble.

Quelle autre profession auriez-vous pu exercer ?

Jacques : A la base, j’ai une formation de comptable mais je n’aurais pas pu exercer cette profession-là. Mon grand rêve, ce serait de diriger un grand club de football… mais c’est un rêve, peut-être après ma pension !

Yusen Logistics en bref

  • Environ 15.000 personnes en Europe
  • Deux pôles d’activité en Belgique : Healthcare (environ 60 % du chiffre d’affaires) et Automotive (40 %)
  • 840 personnes employées en Belgique
  • Sites logistiques à Alost, Houdeng, Gembloux Herentals, Melsele, Brucargo et Machelen
  • Flotte : environ 190 véhicules en Belgique

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