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Geert Aerts, Brussels Airport Company: « Notre spécialisation fait notre force »

La zone logistique cargo de Brussels Airport, Brucargo, accueille des acteurs mondiaux tels que DSV, Kuehne+Nagel, Nippon Express et DHL Global Forwarding. Cette ‘communauté’ regroupe environ 150 entreprises et 7000 travailleurs. « Notre spécialisation et notre écosystème constituent notre force », affirme Geert Aerts, Chief Cargo & Real Estate Officer chez Brussels Airport.

LOGISTICS Management : Vous êtes Chief Cargo & Real Estate Officer. Que recouvre exactement cette fonction ?

Geert Aerts : Je dirige deux grands départements opérationnels. D’une part, le cargo et la logistique, y compris l’immobilier de la zone cargo. D’autre part l’immobilier commercial sur et autour de l’aéroport : immeubles de bureaux, hôtels, hangars, parkings et solutions de mobilité. Ce focus sur le cargo et l’immobilier s’inscrit également dans notre stratégie plus large visant à réduire notre dépendance aux activités passagers. Après le Covid, nous avons encore renforcé cet objectif. Les vols passagers avaient alors complètement disparu. Brussels Airport a donc décidé de renforcer sa résilience en diversifiant davantage ses revenus et en développant l’activité cargo. 

LM : Tout le monde connaît l’aéroport passagers, mais moins Brucargo…

G. Aerts : Brucargo est la zone cargo géographique de Brussels Airport, un espace de plus de 100 ha situé au nord de l’aéroport. Elle concentre toutes les activités liées au fret aérien. On y retrouve les manutentionnaires, transitaires, acteurs logistiques, postes de stationnement pour avions cargo, mais aussi les douanes, la police fédérale et l’AFSCA. C’est un écosystème entièrement dédié au fret aérien.

LM : Brussels Airport a traité l’an dernier près de 800.000 tonnes de fret, soit une croissance de 8,5 %. Comment expliquez-vous ces chiffres ?

G. Aerts : Nous avons une stratégie claire et nous l’appliquons de manière cohérente. En termes de volumes, nous ne sommes pas le plus grand aéroport cargo d’Europe, mais nous nous distinguons par notre spécialisation. Notre principal marché est le ‘pharma & life sciences’ avec près de 20 % de notre volume de fret. Dans beaucoup d’autres aéroports, cette part se situe entre 5 et 7 %. Nous avons réellement une position unique dans ce domaine. Nous nous concentrons aussi sur les denrées périssables, notamment les importations en provenance d’Amérique latine et d’Afrique. Une 3e spécialisation concerne l’e-commerce et les envois B2B à haute valeur ajoutée, et enfin nous sommes également très performants dans le transport d’animaux vivants.

Premier vaccin Covid

LM : Comment cette spécialisation pharmaceutique est-elle née ?

G. Aerts : La Belgique est un leader mondial dans le domaine ‘pharma & life sciences’, avec de grands acteurs comme Pfizer, GSK et Johnson & Johnson qui continuent à investir dans la production et la R&D. Afin de les décharger au maximum, nous avons investi dans des entrepôts sous température contrôlée, des moyens de transport spécialisés et des systèmes de monitoring numérique. Aujourd’hui, nous avons 45.000 m² d’infrastructures sous température contrôlée.

Pour le pharma, la fiabilité est essentielle : la chaîne du froid ne peut jamais être interrompue. Pendant la période Covid, plus de trois milliards de vaccins ont transité par Brussels Airport. Le tout premier vaccin exporté dans le monde est même parti d’ici. Cela a considérablement renforcé notre réputation internationale de hub pharmaceutique. Nous avons également investi pendant des années dans les certifications, les processus et la collaboration avec l’International Air Transport Association et d’autres partenaires afin de traiter les produits pharma à un très haut niveau.

LM : Autre spécialisation : le transport d’animaux…

G. Aerts : C’est une niche importante. Il y a quelques années, nous avons construit un tout nouveau Animal Care & Inspection Center : un environnement spécialisé où les animaux peuvent être pris en charge, contrôlés et hébergés temporairement. Cela va des animaux de compagnie aux chevaux, reptiles, animaux exotiques et même à des millions d’abeilles transportées via Brussels Airport pour l’industrie de la pollinisation. Nous disposons d’infrastructures et d’une véritable expertise pour le transport d’animaux. Nous travaillons avec des personnes formées aux soins animaliers. Cela nous permet d’offrir une véritable qualité.

LM : En quoi Brucargo se distingue-t-il encore des autres aéroports cargo ?

G. Aerts : Notre force repose sur plusieurs éléments combinés : la spécialisation dans les segments évoqués, la numérisation et la capacité d’innovation. Mais notre communauté est également unique. Nous réunissons tous les acteurs du secteur, notamment via Air Cargo Belgium qui rassemble les entreprises de fret aérien. Nous créons ainsi une réelle valeur ajoutée pour et entre les entreprises de Brucargo. Cela passe aussi par les liens entre les collaborateurs eux-mêmes. Nous organisons des séances d’information, des événements de networking et même une Cargo Cup pour les équipes de football des entreprises de Brucargo. En outre, notre aéroport bénéficie d’une connectivité exceptionnelle. Nous combinons un solide réseau passagers avec des ‘full freighters’ et des intégrateurs comme DHL. Les entreprises peuvent ainsi desservir toute l’Europe depuis Bruxelles.

« Le segment ‘pharma & life sciences’ représente près de 20 % de notre volume total de fret. »

Créneaux digitaux pour les camions

LM : Brussels Airport investit aussi fortement dans la numérisation.

G. Aerts : Depuis des années, nous investissons dans des plateformes numériques qui connectent entre eux tous les acteurs de la zone cargo. Cela améliore la visibilité, la traçabilité et l’efficacité de la chaîne logistique. Un exemple : notre Brucloud Slot Booking Application pour les camions, lancée dès 2023. Avant, les camions faisaient parfois la file pendant des heures pour enlever des marchandises. Aujourd’hui, les chauffeurs réservent un créneau horaire, ce qui réduit quasiment à néant les temps d’attente. Moins d’attente signifie moins d’embouteillages, moins de camions à l’arrêt et moins d’émissions. Numérisation et durabilité vont souvent de pair.

LM : Voyez-vous aussi des applications pour l’intelligence artificielle ?

G. Aerts : Certainement. Tous ces processus numériques génèrent d’énormes quantités de données. L’IA peut aider à analyser ces données, à réaliser du predictive forecasting et à optimiser davantage les processus. Nous n’en sommes qu’au début, mais le potentiel est énorme. Toujours dans le respect de l’intégrité des données et de la vie privée.

LM : La durabilité constitue-t-elle également un pilier de votre stratégie ?

G. Aerts : Absolument. D’ici 2030, nous voulons atteindre le ‘net zero carbon’ pour nos propres activités. Cela se traduit concrètement dans nos bâtiments et nos opérations. Les nouveaux bâtiments doivent être sans gaz et énergétiquement efficaces, grâce notamment aux pompes à chaleur et à des techniques innovantes. Nous voulons aussi augmenter rapidement le nombre de véhicules électriques sur le site, raison pour laquelle nous investissons massivement dans les infrastructures de recharge.

30 % d’entrepôts supplémentaires 

LM : Brucargo Central a été inauguré l’an dernier. En quoi consiste ce projet ?

G. Aerts : C’est un site de 83.500 m² où 8 bâtiments vieillissants ont été remplacés par trois bâtiments innovants totalisant 34.000 m² d’entrepôts, de bureaux et une tour de parking. Nous avons pu créer environ 30 % de capacité d’entreposage supplémentaire. En même temps, nous avons réduit de près de 20 % les surfaces imperméabilisées. Il y a plus d’espaces verts, des flux de circulation plus sûrs et plus de place pour une mobilité durable. Avant même la livraison, les bâtiments étaient entièrement loués. Cela démontre la confiance du marché envers Brussels Airport. Les entreprises savent que nous livrons des infrastructures de qualité dans les délais.

LM : Où se situent aujourd’hui les opportunités de croissance ?

G. Aerts : Principalement dans nos marchés cibles existants. Le secteur ‘pharma & life sciences’ continue d’évoluer fortement. Nous voyons également des opportunités dans des secteurs comme les semi-conducteurs et les composants mécaniques à haute valeur ajoutée. Nous ne voulons pas nécessairement devenir le plus grand aéroport, mais la référence en matière de cargo spécialisé. Lorsque vous placez la barre très haut pour la pharma, vous attirez automatiquement d’autres produits à haute valeur nécessitant la même fiabilité et les mêmes processus. Nous traitons aujourd’hui près de 800.000 t de fret et voulons évoluer à terme vers un million de tonnes. C’est possible sans extension physique, grâce à des infrastructures plus efficaces, des entrepôts plus modernes et des appareils de plus grande capacité. Nous voulons croître progressivement, pas de manière explosive.

« Les grèves compromettent la sécurité opérationnelle »

La Belgique est réputée pour sa sensibilité aux grèves, et cela se sait aussi à l’étranger. Cela affecte-t-il l’attractivité de Brucargo ? « Oui, absolument », répond Geert Aerts. « Les clients internationaux comparent Bruxelles à des aéroports néerlandais, allemands ou français. Ce qu’ils recherchent avant tout, c’est la fiabilité et une prise en charge complète. Et lorsqu’ils constatent que ces aspects sont menacés par des actions sociales, cela met en péril des investissements et/ou des contrats. Dans le cargo, un avion peut atterrir ici aujourd’hui et ailleurs demain. Les opportunités peuvent donc disparaître rapidement lorsque les clients ont le sentiment que la sécurité opérationnelle n’est plus garantie. En résumé, moins de tensions sociales serait une bénédiction. »

« Le cargo ne vole pas uniquement la nuit »

Le fret aérien est souvent associé aux vols de nuit et aux nuisances sonores, mais cette perception n’est qu’en partie correcte. « Une partie des vols de nuit concerne effectivement le cargo, surtout les vols express de DHL », explique Geert Aerts. « Mais l’essentiel de nos activités fret se déroule en journée. La croissance provient aujourd’hui surtout d’avions plus grands et d’opérations plus efficaces, pas d’une augmentation des vols de nuit. Il existe d’ailleurs une limite légale de 16.000 slots de nuit. Grâce aux avions plus grands, on peut transporter plus de fret avec moins de mouvements. Cela permet d’augmenter la capacité sans devoir augmenter proportionnellement le nombre de vols. »

Le secteur aérien investit aussi massivement dans des avions plus modernes. « Cette évolution est parfois sous-estimée dans le débat public. Les nouveaux appareils sont non seulement plus économes et plus efficaces, mais aussi plus silencieux. »

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