Il y a des entreprises qui disparaissent sans bruit quand leur dirigeant raccroche. Et puis il y a les autres, celles dont l’histoire résiste au temps et aux mutations du marché. Basés à Wépion, les Transports Baseil appartiennent à cette seconde catégorie. Cette société familiale spécialisée dans le transport bennier vient de fêter ses 80 ans d’activité et une renaissance aussi inattendue qu’exemplaire, sous l’impulsion de Séverine Baseil et de son mari Alfredo Basone.
L’histoire ne commence pas vraiment avec la création officielle de la société. Avant la Seconde Guerre mondiale, c’est déjà un Baseil qui est aux manettes : Léon, l’arrière-grand-père de Séverine. Mais c’est son fils Robert qui, en 1946, structure véritablement l’entreprise et obtient l’une des toutes premières licences officielles de transport de marchandises attribuées en Belgique. Un numéro encore utilisé aujourd’hui.
Durant des décennies, l’activité reste fidèle à son cœur de métier : sable, gravier et matériaux de construction par bennes basculantes. En 1983, Raymond Baseil rejoint son père. Puis le matériel évolue. Dans les années 90, la première semi-benne est acquise par l’entreprise qui traverse les crises du secteur sans jamais perdre son ADN : proximité, sérieux et sens du service client.
Courte dormance
En 2023, après plus de quarante années de route, Raymond prend sa retraite. Un temps à ses côtés, son fils n’a pas souhaité reprendre les rênes de l’entreprise. L’activité s’arrête. « Pour moi, l’idée de voir disparaître l’entreprise familiale était simplement impossible à accepter », se souvient Séverine Baseil, la fille de Raymond. Pourtant, la carrière qu’elle s’est construite est assez éloignée du transport : banque, assurance, gestion de flotte automobile. Suffisamment éloignée pour que la reprise relève, sur le papier, du pari risqué. Et pourtant, un soir d’août 2025, tout bascule.
« Nous étions à l’étranger, j’étais à table avec mon mari et je lui ai lancé : “Et si on reprenait tous les deux l’activité de mon père ?” Ça a été une évidence pour tous les deux au même moment. » À peine rentrés en Belgique, les époux s’organisent. Séverine s’inscrit à l’ITLB, réussit l’épreuve écrite en octobre, l’orale en novembre. Quant à son mari, Alfredo Basone, ancien directeur commercial dans un garage Audi depuis vingt ans, il passe son permis CE et échange costumes et show-room contre une tenue de travail et le volant d’un 44 tonnes. Un vrai virage à 180 degrés !
Un dernier détail règle la question du délai administratif : la mère de Séverine, titulaire de la capacité professionnelle depuis les années 90, permet de démarrer l’activité sans attendre la validation de celle de Séverine. Le 6 novembre 2025, les Transports Baseil reprennent officiellement la route.
La transmission, au-delà du sang
Cette renaissance s’effectue à l’aide d’un Volvo FH 500 ch flambant neuf. Un véhicule acquis en leasing sur cinq ans, avec contrat d’entretien et réparation, chez Volvo Trucks Sébastian. Un choix validé par Raymond lui-même. « Volvo a toujours eu une place spéciale dans le cœur de mon père, ajoute Séverine. A peine sortie du garage après avoir signé le bon de commande, je lui ai tendu le document en lui disant que je venais de faire la plus grande bêtise de ma vie. Lorsqu’il a compris, j’ai vu de l’émotion dans ses yeux et il m’a répondu que c’était magnifique. Il nous a ensuite aidé à affiner la configuration. »
Dans les premiers mois, Raymond accompagne Alfredo sur le terrain : carrières, chantiers, clients. Il lui transmet autant les gestes du métier que la manière d’être avec la clientèle. « Mon mari, qui a formé des commerciaux dans le secteur automobile, m’a dit : “Si ton père s’était présenté dans mon équipe, je l’aurais engagé tout de suite.” Ce fameux virus de la ‘camionite’, comme l’appelle mon père, semble se transmettre même au-delà des liens du sang. »
La force de l’héritage
Un bon véhicule et un bon professeur, c’est bien. Mais encore faut-il que la clientèle suive. Et là, la magie opère à nouveau. « Lorsque nous avons annoncé aux anciens clients de mon père que nous relancions l’activité, ils nous ont repris immédiatement », se réjouit Séverine. La preuve que Raymond avait laissé des traces durables.
Aujourd’hui, l’activité reste centrée sur le transport de matériaux en vrac : enlèvements en carrières, livraisons chez des marchands de matériaux ou sur des chantiers. Elle s’opère en grande majorité sur le territoire belge, avec des incursions occasionnelles au Luxembourg. Un seul camion, un seul chauffeur qui rentre chez lui chaque soir. Séverine, elle, continue en parallèle son activité professionnelle tout en assurant la gestion administrative de la société, dont elle partage les parts à égalité avec Alfredo.
L’ambition affichée reste mesurée, conformément à la philosophie transmise par Raymond et son père avant lui. « Mon père m’a toujours dit qu’il valait mieux rester petit. Mais on a quand même tendance, Alfredo et moi, à toujours vouloir aller plus loin. Donc, on verra… »
Quant à une cinquième génération ? Les trois enfants du couple étudient le droit, l’économie et la dernière est en secondaire. « Il ne faut jamais dire jamais, » conclut Séverine Baseil. Et elle sait de quoi elle parle.
Le complice des débuts
Un camion International des années 60, venu de Chicago en pièces détachées et assemblé à Anvers, symbolise l’époque pionnière dans laquelle ont évolué les Transports Baseil. Le véhicule à échappement vertical trône toujours au siège social de la société, en cours de restauration par Raymond, le père de Séverine, désormais pensionné. Il y accorde la même passion qu’il a mise quarante ans durant à soigner son matériel.





