Migration économique: les entreprises (et la Febetra) s’opposent à Zuhal Demir

Les dernières mesures prises par la ministre flamande de l’Emploi Zuhal Demir (N-VA), ainsi que ses dernières déclarations, font bondir les entreprises flamandes, y compris dans le secteur du transport. Selon Philippe Degraef (Febetra), la trop grande sévérité de Demir risque de pousser les entreprises vers d’autres solutions « plus exposées à la fraude » pour trouver les chauffeurs dont elles ont besoin.

Parmi les dernières mesures décidées par le gouvernement flamand pour limiter l’afflux de travailleurs étrangers, il y a le fait que le métier de chauffeur poids lourd a été retiré de la liste spéciale des fonctions moyennement qualifiées donnant accès à une procédure simplifiée de migration économique, ce qui fait que l’employeur doit recommencer toute la procédure pour chaque chauffeur chaque année et prouver qu’il n’a pas trouvé de chauffeur via les canaux du VDAB. Depuis le 1er septembre 2026, la Flandre impose également une nouvelle redevance de 180 euros pour les demandes d’autorisation de travail dans le cadre du permis unique, y compris les renouvellements. La prochaine étape du plan de Zuhal Demir (récemment validée par le gouvernement flamand) consistera à imposer un parcours préparatoire d’intégration obligatoire pour les travailleurs migrants de pays tiers et leurs membres de famille majeurs, ainsi qu’un renforcement des exigences linguistiques. Le Conseil d’État ne s’est pas encore prononcé sur ce dernier point.

Récemment, Zuhal Demir s’est réjouie que la migration économique ait fortement baissé depuis le début de la législature. Au grand dam de nombreuses organisations patronales, dont la Febetra. « Contrairement à ce que Zuhal Demir affirme, la baisse du nombre de travailleurs provenant de pays hors UE suite au durcissement des règles en la matière n’a rien de réjouissant. Pour certains métiers en pénurie, comme celui de chauffeur de poids lourd, il est trop simpliste d’affirmer qu’un ressortissant d’un pays tiers vient prendre la place d’un salarié belge. La migration de main-d’œuvre ciblée n’est pas une alternative à l’activation locale, mais un complément indispensable. La réalité est que le secteur du transport est aujourd’hui confronté à une pénurie structurelle de chauffeurs. L’immigration de main-d’œuvre ciblée peut être une solution «gagnant-gagnant-gagnant» : pour nos entreprises de transport, pour le travailleur migrant et pour l’économie belge. »

Philippe Degraef réfute également l’opinion selon laquelle ce type de migration économique serait une forme de dumping social : « Les travailleurs non européens qui travaillent ici avec un contrat de travail belge contribuent bel et bien au système par le biais des cotisations de sécurité sociale et de l’impôt sur le revenu des personnes physiques. Le Trésor public belge en bénéficie directement. De plus, un permis de travail et de séjour offre aux services de contrôle un cadre clair. Celui-ci est en toute hypothèse, plus transparent que les montages complexes de détachement, dans lesquels, par exemple, un chauffeur indien travaille en Belgique par l’intermédiaire d’une entreprise de transport lituanienne. Mettre un frein à la migration de main-d’œuvre sans proposer d’alternative réaliste risque donc de pousser nos entreprises belges vers des montages plus exposés à la fraude », conclut-il.

(illustration via ChatGPT)