Truck & Business Barometer #30 : dans l’oeil du cyclone

Il n’y a pas de quoi fêter cette 30e édition du Truck & Business Barometer : le climat économique n’aurait pas pu être plus défavorable. Heureusement que les réponses ont été recueillies entre la mi-avril et le début mai, quand l’activité économique commençait à rebondir. Cela dit, les transporteurs belges sont tout de même prêts à faire preuve de résilience.

La crise économique née du coronavirus n’explique pas tout. On a un peu tendance à l’oublier, mais les perspectives économiques n’étaient déjà plus roses au début de l’année 2020, et l’année 2019 avait marqué au mieux la fin d’un beau cycle de croissance, au pire le début d’une période de vaches maigres.

A un pneu près

Cela apparaît très clairement au travers de l’indice de satisfaction que nous mesurons sur les six mois écoulés. De 7,20 en avril 2019, il baisse systématiquement depuis et atteint cette fois la valeur de 5,72. C’est un signe qui ne trompe pas, et il est confirmé par la perception largement négative de la rentabilité des entreprises en 2019 (soit pour six entreprises sur 10).
Il s’agit bien entendu d’une moyenne, mais un secteur semblait particulièrement touché par la morosité : dans les travaux publics, le nombre d’appels d’offres était déjà en baisse drastique, alors que certains grands chargeurs (fournisseur de béton ou entreprise de génie civil) ont adopté à l’égard des transporteurs sous-traitants une stratégie très agressive : pression pour faire diminuer les prix de transport, report des délais de paiement, baisse du taux de remboursement de la taxe kilométrique… comme le dit un des participants au baromètre : « A ce prix-là, on ne peut même plus supporter un éclatement de pneu ! »
Le contexte n’était donc pas très favorable avant que n’éclate la pandémie. Rappelons d’ailleurs que les participants au Baromètre, en octobre dernier, s’attendaient à une légère baisse de leurs volumes de transport en 2020, ce qui n’était plus arrivé depuis 2011.
L’impact de la pandémie n’en est pas moins massif, même terrible (voir en pages suivantes), et les trois mois de printemps vont peindre en gris ou en noir l’ensemble de l’année 2020. L’indice de confiance (voir graphique) chute ainsi en-dessous de la moyenne pour la première fois depuis septembre 2009. Pourtant, malgré la violence du choc, il ne tombe pas (mais de justesse) en dessous de son nadir absolu.
C’est que plusieurs transporteurs gardent confiance dans une reprise économique plutôt vigoureuse à partir du troisième trimestre. Celle-ci ne sera pas suffisante pour effacer les pertes du premier semestre, mais regarder vers le bout du tunnel fait déjà du bien au moral. A cet égard, il n’est pas inutile de regarder un instant en arrière : en 2010, l’indice de confiance avait rapidement remonté la pente… avant de replonger au début de la crise de la dette. Toujours cette histoire de deuxième vague…

18 % des tarifs en baisse

En attendant, il faut gérer les fluctuations de la demande et sauver ce qui peut encore l’être en matière de liquidités et de rentabilités. D’une manière générale, 46 % des transporteurs estiment que leurs clients tentent de profiter de la crise pour faire baisser les tarifs de transport, mais en mai, les baisses de tarif ne touchaient ‘que’ 18,2 % des volumes à transporter, alors que plus de 58 % des participants estiment toujours rouler à un prix normal.
Néanmoins, toute hausse du prix de revient devient très difficile à répercuter sur le client. Comme on le verra sur le graphique ci-joint, le taux de répercussion, qui est de 70 ù en temps normal, a chuté brutalement à 20,1 %. La répercussion de la taxe kilométrique est elle aussi sous pression, mais dans une moindre mesure : elle semble maintenant impossible à répercuter sur 10 % des volumes de transport (+ 4,1 % en six mois) et elle n’est plus que partielle sur 12,3 % des volumes (+ 3,5 % en six mois). On aurait pu s’attendre à pire, mais le pire est peut-être encore à venir.
Dans ce contexte, deux transporteurs sur trois estiment que leur rentabilité va baisser plus ou moins fortement en 2020. On peut voir le verre à moitié plein en se réjouissant de constater qu’il y en a encore 12,2 % pour espérer que leur rentabilité s’améliorera cette année, grâce à un contrôle des coûts encore plus rigoureux et à des économies ciblées.

Economies, mais pas sur le dos des chauffeurs

Ces économies toucheront toutes les composantes de la société, et les mesures prises par le gouvernement fédéral pour aider les entreprises à passer le cap sont plébiscitées : plus d’un tiers des entreprises déclare avoir mis une partie de son personnel au chômage économique temporaire, mais seuls 3,5 % ont dû passer aux licenciements secs. Dans ce contexte, la notion de ‘pénurie de chauffeurs’ est mise en mode ‘pause’ : 15,7 % des transporteurs estiment encore en souffrir (n’oublions pas qu’il y a des entreprises qui ont eu trop de travail même en mars), alors que c’était le cas de six transporteurs sur 10 en octobre dernier. Les plus sages avertissent cependant : la pénurie reviendra avec les beaux jours de l’économie. Presque un transporteur sur cinq continue donc à aider de futurs chauffeurs à passer leur permis C/CE, ce qui est un signal encourageant. Par contre, la volonté d’accorder de nouveaux avantages extra-légaux est en chute libre (42 % contre 90 % il y a six mois), même si on note pour la première fois une percée du vélo électrique, moins onéreux il est vrai qu’une voiture de société.
Les entreprises de transport ne feraient donc pas trop d’économies sur le dos de leurs chauffeurs, mais qu’en est-il du matériel de transport ? Là encore, il semble que le transporteur belge conserve la tête froide. Certes, il y aura des reports d’investissements, mais 68,7 % des participants disent qu’ils vont continuer à rajeunir leur flotte, et le solde entre les entreprises qui vont étendre leur flotte et les entreprises qui envisagent de la réduire reste pour l’instant positif. Autre signal positif : le pourcentage d’entreprises qui songent à une délocalisation n’a jamais été aussi faible.
Il faudra cependant surveiller le comportement des organismes financiers : 8,7 % des sondés indiquent déjà obtenir plus difficilement un crédit d’investissement (+ 3 % par rapport à octobre 2019), et ce pourcentage est probablement amené à augmenter dans les prochaines semaines.

Résilience

Finalement, la meilleure surprise de ce sondage est peut-être qu’aucun participant n’envisage la cessation de ses activités ou la faillite. Bine que le sondage soit anonyme, un entrepreneur dans ce cas n’aurait peut-être pas participé à un sondage, mais cette forme de résilience mérite d’être soulignée à l’heure où certaines des digues mises en place par les autorités (primes de soutien, moratoire sur les faillites) vont progressivement cesser de faire effet : le transporteur belge souffre, mais il reste debout.

Chiffres-clés

  • 5,72/10 : le taux de satisfaction confirme que 2019 ne s’est pas bien terminé (- 1,02 par rapport à octobre 2019)
  • -13,25 % : la baisse moyenne du chiffre d’affaires sur les quatre premiers mois 2020
  • -11,93 % : la baisse estimée des volumes de transport pour l’ensemble de l’année 2020
  • 42 % des transporteurs prennent de nouvelles initiatives HR ou de recrutement (- 48 %)
  • 10 % des transports sans répercussion possible de la taxe kilométrique (+ 4,1 %)
  • 87,5 % des transporteurs estiment qu’il y a une surcapacité de transport dans leur spécialité
  • 21 % des transporteurs n’envisagent aucun investissement dans leur flotte (+ 4 %)

Indice de confiance

Evolution de la rentabilité

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