Pro-contra: la crise du coronavirus va accélérer la déglobalisation

Pro

Olivier Blanchard, ancien chef économiste du FMI, expert au Peterson Institute for International Economics

La crise du coronavirus accélérera et renforcera la déglobalisation de l’économie et des chaînes d’approvisionnement, mais ce n’est pas la pandémie en tant que telle qui le causera. Depuis que les nations échangent entre elles, les épidémies se propagent par le canal du commerce. Le phénomène n’est donc pas vraiment nouveau. Par contre, cette crise pourrait accélérer le mouvement de déglobalisation entamé il y a quelques années.
Ce mouvement avait été initié à la suite de plusieurs autres phénomènes, tels que l’intensification de la guerre commerciale, les problèmes de sécurité et les enjeux climatiques. Ces derniers rendent les coûts de transport beaucoup plus élevés si l’on y intègre la dimension carbone. La crise du coronavirus n’est donc qu’un élément supplémentaire pour expliquer le demi-tour dans la mondialisation auquel nous allons probablement assister.
Ce demi-tour pourrait réduire la taille des chaînes de production. De plus, il pourrait provoquer une réduction du commerce international. Cela pourrait mener à une relocalisation ou plus vraisemblablement une régionalisation de certaines activités. La crise du coronavirus révèle en fait l’extrême fragilité de nombreuses multinationales qui ont ‘éclaté’ leurs chaînes de sous-traitants partout sur la planète.
La régionalisation de certaines activités sera rendue possible par la robotisation et l’automatisation accrues de certains processus de production. Ceci risque de faire mal à certains pays d’Asie ayant misé sur des industries à faible valeur ajoutée, comme le Vietnam ou le Cambodge. Tout comme l’accélération de la globalisation de l’économie a fait de gagnants et des perdants, certains pays vont donc souffrir plus que d’autres du retour de balancier. Mais là aussi, ce mouvement n’est pas lié au coronavirus en tant que tel. Il résulte d’une réflexion que certaines entreprises avaient déjà entamée sur le lieux et la manière dont elles produisent.

Résumé de propos tenus dans l’Expansion/L’express

Contra

Frank Appel, CEO Deutsche Post DHL

Les entreprises se heurteront pendant longtemps encore à des obstacles sur le marché du transport, qui a subi pendant de nombreuses semaines d’importantes réductions de capacité et de perturbations du commerce mondial. Le manque de capacité perdurera très certainement pour les produits de valeur tels que les composants industriels et les produits électroniques, car ceux-ci sont souvent transportés dans la soute des avions de ligne. Leur trafic ne reprendra pas de sitôt à grande échelle, de sorte que bon nombre de ces produits devront être transportés par navire ou par train, qui sont sensiblement plus lents.
Nos clients devront se pencher sur l’organisation de leur supply chain et ils devront tenir compte de délais plus longs dans leurs prévisions de stocks. Même pour des produits de valeur, un transfert vers la navigation de ligne devient inévitable : la capacité des porte-conteneurs est bien plus grande que celle dans le fret aérien.
Mais malgré les interruptions des chaînes logistiques et les pénuries causées par le coronavirus de par le monde, je ne m’attends pas à ce que les entreprises tournent le dos à la globalisation et rapatrient la production. Elles rendront probablement leurs chaînes d’approvisionnement plus résilientes en répartissant les usines dans plusieurs régions, au lieu d’en avoir une seule en Chine. Elles pourraient les déplacer vers d’autres endroits, mais ce ne sera pas nécessairement du ‘near shoring’, car ce n’est pas abordable. Quiconque pense que la globalisation est révolue ne comprend pas ce qui anime les consommateurs ou ce qui motive les décisions des entreprises.

Résumé d’une interview dans le Wall Street Journal

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